Hier, vendredi 13 février, lors de la réunion statutaire du comité exécutif de la CAF à Dar es Salaam, Olivier Safari Kabene, président de la commission d’arbitrage, a provoqué un séisme : selon Winwin, il aurait déclaré ne pas connaître « la plupart » des arbitres ayant officié à la CAN 2025 et aurait admis avoir demandé de ne pas sanctionner les joueurs sénégalais au retour sur le terrain après leur retrait collectif pendant la finale Maroc–Sénégal. Ces aveux, tenus au cœur d’un Comex déjà tendu, élargissent une polémique sportive en crise de gouvernance — et mettent à nu la fragilité de l’intégrité du football africain.
Nous tenons à préciser qui rien de ces supposés déclarations/aveux venant du président de la commission des arbitres ne semblent être confirmé.
Le fil du match opposant le Maroc et le Sénégal et les décisions qui ont enflammé les tribunes. Cette finale, dans son dénouement, a cumulé des séquences litigieuses qui ont attisé l’indignation générale :
92e minute : un but sénégalais est annulé après un coup de sifflet anticipé, privant l’action d’être jouée jusqu’au bout.
Sur corner : contact entre Achraf Hakimi et Abdoulaye Seck, simulation apparente de Hakimi ; l’arbitre interrompt une action qui aboutit pourtant à un but sénégalais.
98e minute : hors‑jeu non sifflé puis corner ; Brahim Díaz chute dans la surface après un duel avec Malick Diouf ; après insistance du joueur et consultation VAR, l’arbitre accorde un penalty.
Réaction : sur ordre du coach Pape Thiaw, les joueurs sénégalais quittent le terrain (sauf Sadio Mané) — interruption d’environ 16 minutes. Après conciliabules et dans une expectative totale du trio arbitral, retour au jeu, le penalty est raté ; le Sénégal s’impose finalement 1–0 en prolongation. Le Maroc réclame une victoire sur tapis vert et avait déjà été débouté par le conseil disciplinaire ; le débat juridique et sportif s’enclenche.
Les aveux de Safari : pourquoi ils aggravent la crise ?
Les propos d’Olivier Safari ne sont pas de simples maladresses rhétoriques : ils posent des questions fondamentales.
Ignorer la plupart des arbitres d’un tournoi dont on est censé assurer la supervision trahit une défaillance grave de gouvernance. Sans connaissance, sans évaluation ni traçabilité, comment garantir compétence, impartialité et absence de conflits d’intérêts ?
Affirmer avoir ordonné de « ne pas sanctionner » des joueurs qui avaient quitté le terrain revient à une ingérence dans l’application des règles : sous quelle autorité et responsabilité ? Substituer une « préservation du spectacle » à l’application stricte du règlement mine l’égalité de traitement et l’autorité des officiels.
Pire, faire ces révélations publiquement, au lieu de laisser une procédure disciplinaire suivre son cours, viole le devoir de réserve et compromet toute investigation sereine.
Impacts concrets — supporters, joueurs, partenaires
Pour les supporters, il y a un sentiment de trahison et de défiance. La croyance en une justice sportive impartiale a vacillé. À ce titre, 18 supporters sénégalais sont toujours détenus du fait des incidents qui ont suivi les moments de confusion.
Pour les joueurs et les encadrements, on constate une perte de confiance envers l’arbitrage et l’instance dirigeante, un risque d’escalade disciplinaire et des tensions inter‑fédérations, comme on l’a observé depuis trois semaines.
Enfin, pour les sponsors et partenaires, la CAF fait face à un risque réputationnel qui pourrait déboucher sur une prudence, voire un désengagement, si la gouvernance reste opaque. C’est toute l’image du football africain qui en perdrait sa crédibilité.
Le Comex et l’atmosphère politique
La réunion a basculé en règlement de comptes : appels à la démission notamment venant du sénégalais Augustin Senghor, de l’Ivoirien Idriss Diallo ou encore de l’Egyptien Hani Abou Reda qui ont exigé, eux, le renvoi ou la démission purs et simples de Safari Kabene. Il a été critiqué concernant la désignation du même arbitre du match d’ouverture pour la finale et tancé pour non-respect du devoir de réserve via l’interview accordée à Canal+. Une demande de dissolution de la commission d’arbitrage s’en est suivi, des reproches sur des nominations d’officiels « via WhatsApp », dans un atmosphère d’ absences remarquées de cadres influents du Comex comme Fouzi Lekjaa et Véron Mosengo-Omba .
Patrice Motsepe, « extrêmement déçu », et pour la première fois fortement acculé par tant d’opposition, a promis le durcissement du Code disciplinaire et un investissement dans la formation VAR/arbitrage. Mais les déclarations d’intention ne suffiront pas sans actes structurels.
Pour restaurer la confiance, la CAF doit engager des actions visibles, rapides et crédibles :
D’abord nommer une commission d’enquête externe (juristes du sport, experts internationaux, représentants de la société civile) qui aura accès aux preuves : rapports VAR, enregistrements, communications internes, comptes rendus, et qui aura pour tâche de publier ses travaux et conclusions.
En guise de mesures conservatoires : mise en disponibilité des personnes impliquées (dont Véron Mosengo‑Omba, secrétaire général de la CAF, et Olivier Safari Kabene, président de la commission des arbitres) durant l’enquête. Et toute autre personne influente dont l’impartialité est mise en cause, afin que lumière soit faite sur tous les manquements et dysfonctionnements.
Enfin, retour à la transparence totale dans la nomination des officiels, avec publication des critères, des candidatures et des décisions formelles, et interdiction des validations informelles — pour qu’un chargé des affaires juridiques, par exemple, ne soit plus jamais nommé à l’insu du Comité exécutif.
Entamer une réforme institutionnelle de l’arbitrage est inéluctable. Créer parallèlement un organe indépendant de désignation et d’évaluation, associant experts internationaux et observateurs neutres, tout en imposant une rotation obligatoire des officiels.
Pour consolider ces acquis dans la durée, il faudra aussi établir un barème clair de sanctions pour toute interférence ou manquement déontologique et renforcer les mécanismes anti‑corruption.
Les aveux d’Olivier Safari du 13 février à Dar es Salaam sont d’une extrême gravité et posent un choix simple mais urgent : transformer la crise en opportunité de réforme ou laisser le doute s’installer durablement. La CAF doit répondre par la transparence et des sanctions proportionnées — pas seulement à l’égard des acteurs, mais autour du système d’arbitrage — et par une réforme structurelle idoine. Sans cela, la CAN 2025 restera une tache, les supporters se désengageront, les partenaires partiront, et la crédibilité du football africain en pâtira longtemps. Aux dirigeants de prouver, par des actes et non des mots, que les règles valent pour tous. La balle est dans leur camp — et le temps presse.
®️Paul Biagui
BIAGUIMEDIA®️






























