La République des Sceaux Mensongers. (Par Moussa Beye)

Lesenegalaislibre
7 Min Read

En y pensant, j’ai encore beaucoup de mal à digérer la sortie manipulatrice, voire mensongère, du ministre de l’Intérieur après l’excursion punitive de la police dans l’enceinte de l’université Cheikh Anta Diop, suivie de l’assassinat de l’étudiant Abdoulaye Ba. L’homme n’en est pas à son coup d’essai. Comme un malheur n’arrive jamais seul, la récente polémique autour d’une loi votée par l’Assemblée nationale, puis transmise au président de la République dans une version tronquée, révèle une intention dolosive d’une gravité institutionnelle rare. Un scandale ourdi par des faussaires qu’il faudra bien un jour nommer, traquer et sanctionner.
Tout cela survient après un engagement écrit du président sur la tenue de la déclaration de politique générale du Premier ministre, alors qu’il savait pertinemment que la législature serait dissoute. Encore un exemple parmi tant d’autres de désacralisation de la signature présidentielle, qui emporte avec elle l’estime et la confiance que requiert la fonction. Ces pratiques avilissent et témoignent de l’extrême médiocrité qui trône au sommet de nos institutions, doublée d’une indigence éthique, d’un attentat de la morale et d’une absence totale d’élégance républicaine.
Je fais abstraction des renoncements, des reniements et des manquements du Premier ministre, méga-champion toutes catégories. Mais parmi ce que j’ai encore du mal à avaler, il y a surtout la sortie de la ministre de la Justice dans l’affaire Farba Ngom. Ce n’est pas l’homme qui importe, mais le principe de la présomption d’innocence piétinée, l’État de droit dévoyé, et la menterie grotesque de celle qui porte le titre de garde des Sceaux.
Le sceau, symbole d’authenticité et d’autorité publique, devient entre vos mains l’emblème du travestissement. La magistrature, centre de l’excellence et de la mesure au Sénégal, se voit humiliée par votre nomination même, tant vous semblez étrangère à son esprit et à ses exigences.
Je ne parle pas ici pour les personnes en situation de handicap, de précarité ou de pauvreté extrême, contraintes de tendre la main dans une société qui se dit solidaire, dont les mécanismes sociaux devraient se perfectionner et surtout s’institutionnaliser pour être modernes, justes, équitables et surtout s’inscrire dans la marche de l’histoire. Je ne parle pas pour les centaines de milliers de femmes et d’hommes, la dignité en bandoulière, qui squattent nos trottoirs au point de défigurer la physionomie de nos quartiers, de nos villes. Je ne parle pas pour les millions de jeunes, étudiants, chômeurs, travailleurs précaires ou rêveurs inconscients.
Je parle de vous, Madame la ministre. De cette absence de maîtrise et de retenue dès que vous prenez la parole. De ce malaise que vous semez, de cette gêne que vous imposez, de cette incapacité à exprimer la moindre quiétude. Vous incarnez une médiocrité agressive, une légèreté dangereuse, une jouissance presque maléfique à rabaisser et à humilier.
La méchanceté suinte de vos mots comme un volcan en éruption. On comprend alors les énormités qui s’enchaînent, les décisions iniques, les postures vindicatives. Vous semblez incapable de souhaiter le bonheur des autres, comme si la misère du peuple était la condition de votre survie politique. Nous avons cru quitter la nuit noire pour, hélas, retomber avec vous dans vos ténébreuse affabulations.
Vous êtes devenue la prédatrice des libertés, la vendangeuse des acquis démocratiques. Dans l’écosystème politique, vous occupez ce rôle peu enviable où se mêlent frustration, agressivité et dévoiement de la mission judiciaire. Pourtant, vous aviez toutes les cartes en main pour mener à bien la politique judiciaire du gouvernement.
Hier encore, l’État marchait bon an mal an. Il a nourri des générations de femmes et d’hommes d’État, mais aussi des antipatriotes et des corrompus. Aujourd’hui, il nourrit ses pires ennemis, drapés dans un manteau contrefait de patriotisme, capables de déjouer tous les contrôles, de dissuader les organes anticorruptions par les injures, les menaces et des campagnes de salissage jamais vues. Le pire des populistes n’a pas su faire autant. Cette meute de charognards affamés, dont la morsure peut briser les os les plus durs, a trouvé un terrain dégagé pour accomplir ses libidineuses activités. Il reste si peu de choses à l’État de droit, et dans ce chaos, une hiérarchie s’installe au grand jour: les hyènes d’abord, puis les chacals, enfin les vautours.
Une procession, un rituel, peut-être un dernier adieu. Et la vraie justice se rappelle à votre bon souvenir. La mentalité de représailles détruit les États tandis que la mentalité de tolérance construit les nations, disait Nelson Mandela.
On s’attendait à des explications sur ce qui constitue une première judiciaire, tant par son incohérence, par sa lâcheté que par son cynisme. Pour preuve, il y a le fameux appel du parquet financier contre la mise en liberté provisoire d’un détenu, en l’occurrence Farba Ngom, alors que l’accusé principal a été libéré sans que le même parquet ne juge utile de faire appel. Même dossier, mêmes accusations!
Bon sang! Est ce qu’il vous arrive de vous remettre en cause?
La justice n’est pas l’humiliation, chère Madame, encore moins un instrument de vengeance. On aura noté, tout au long de la procédure judiciaire infamante, votre absence d’humilité, votre pénurie d’empathie et cette carence d’humanité qui vous pousse à vouloir achever des citoyens dans les liens de la détention, parfois malades, sans jamais prouver la moindre culpabilité malgré tous vos pouvoirs. Heureusement, la mort n’est pas entre vos mains, pas plus que le bonheur des autres. Effacer ou tenter d’effacer aurait sans doute été utile s’il s’agissait des conneries, de la bêtise humaine et surtout des maux qui étranglent notre envol économique.

Moussa Bèye
Montréal ce 15 mai 2026

Share This Article