Relations commerciales : le Sénégal veut rééquilibrer ses échanges avec Ankara

diatiger
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Alors que le Premier ministre Ousmane Sonko effectue une visite officielle de cinq jours en Turquie, du 6 au 10 août 2025, les projecteurs se braquent à nouveau sur les relations économiques entre Dakar et Ankara. En toile de fond : une dynamique commerciale qui se renforce après une année 2023 marquée par un net ralentissement.


Une reprise timide mais encourageante

En 2024, les échanges commerciaux bilatéraux ont atteint 249,1 milliards FCFA, enregistrant ainsi une hausse significative par rapport à 2023 (185,3 milliards), mais sans retrouver le sommet de 261 milliards FCFA enregistré en 2022. Cette reprise, saluée par les milieux d’affaires, témoigne d’un renouvellement de la confiance économique entre les deux pays, dans un contexte géopolitique instable et d’ajustement économique pour le Sénégal.


Une balance commerciale très déséquilibrée

Malgré cette embellie, le déséquilibre commercial reste frappant. En 2024, le Sénégal a exporté pour 10,2 milliards FCFA de marchandises vers la Turquie, soit une progression modeste, avec essentiellement des produits primaires : poissons, fruits de mer, minéraux, graines oléagineuses, fruits et plomb brut.

En face, les importations sénégalaises depuis la Turquie ont explosé à 239 milliards FCFA, représentant près de 5 % des importations globales du pays. En tête des produits importés : fer, barres et profilés en acier, fils pour machines, mais aussi matériaux d’emballage, matières premières alimentaires, sans oublier des biens de consommation courante comme pâtes, pâtisseries et produits hygiéniques.


Un partenariat encore trop vertical ?

Cette structure commerciale pose question. Le Sénégal exporte des matières premières, tandis qu’il importe massivement des produits semi-finis ou finis, illustrant une relation commerciale asymétrique qui reflète la faiblesse de l’industrialisation locale.

Ce constat alimente les réflexions au sein du gouvernement sénégalais sur la nécessité de remonter les chaînes de valeur, notamment dans les secteurs de l’agroalimentaire, de la pêche et de la transformation minière.


Vers une coopération industrielle accrue ?

La visite du Premier ministre Ousmane Sonko, dans un contexte de relance économique axée sur la souveraineté, est une opportunité pour rééquilibrer ce partenariat. Ankara est aujourd’hui perçue à Dakar comme un modèle de développement industriel, basé sur le protectionnisme stratégique, l’exportation manufacturière et la montée en gamme technologique.

Des discussions sont en cours pour accueillir des investissements turcs dans les zones économiques spéciales sénégalaises et pour favoriser les co-entreprises dans les secteurs des infrastructures, du textile et de l’énergie.


La relation économique entre la Turquie et le Sénégal se renforce, mais elle reste encore largement déséquilibrée. Pour Ousmane Sonko, cette visite officielle est aussi une tentative d’imprimer une nouvelle marque à la diplomatie commerciale sénégalaise : plus souveraine, plus exigeante, et davantage tournée vers la création de valeur locale.

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