XALIMANEWS – L’ancien magistrat Ibrahima Hamodou Déme tire la sonnette d’alarme sur le projet de réforme du Code électoral prévoyant la création d’une Commission électorale nationale indépendante (CENI). Dans une analyse approfondie, il met en garde contre une transformation qu’il juge inutile et potentiellement dangereuse pour la stabilité démocratique du Sénégal.
Selon lui, depuis l’adoption du Code électoral consensuel de 1992, le Sénégal a réussi à construire un système électoral solide, malgré un contexte politique souvent tendu. Ce dispositif, bien qu’imparfait, a permis trois alternances majeures en 2000, 2012 et 2024, preuve de sa capacité à garantir la sincérité du scrutin et l’acceptation des résultats.
Fort de son expérience au cœur du processus électoral, notamment en tant que magistrat impliqué dans le contrôle de plusieurs scrutins, l’ancien juge estime qu’un système ayant permis à l’opposition d’accéder au pouvoir à trois reprises ne peut être considéré comme défaillant.
Pour Ibrahima Hamidou Dème, la revendication de création d’une CENI relève davantage d’une posture politique que d’une nécessité institutionnelle avérée. Elle traduirait, selon lui, une méfiance de principe envers l’administration territoriale, sans preuve tangible de son incapacité à organiser des élections transparentes.
Le projet de réforme en cours va cependant plus loin. Il prévoit de confier à cette future CENI l’ensemble des opérations électorales, de la révision des listes à la proclamation des résultats, en passant par la gestion du parrainage et l’organisation du vote. Une concentration de pouvoirs que Dème juge préoccupante.
Il rappelle que le système actuel repose sur un équilibre éprouvé entre trois acteurs : l’administration territoriale, la Commission électorale nationale autonome (CENA) et la justice. Une architecture fondée sur la répartition des rôles et des mécanismes de contrôle croisés, qui a garanti jusqu’ici des élections globalement régulières et crédibles.
Dans ce dispositif, la CENA joue déjà un rôle central de supervision et de régulation. Dotée de pouvoirs d’injonction et de correction, elle intervient à toutes les étapes du processus électoral. Pour l’ancien magistrat, ce modèle assure un équilibre précieux entre efficacité administrative, contrôle indépendant et garantie juridictionnelle.
Dès lors, s’interroge-t-il, pourquoi déconstruire un système qui a fait ses preuves ?
L’ancien juge souligne qu’aucune crise électorale majeure liée à une défaillance structurelle de l’administration n’a été observée depuis 1992. Au contraire, le Sénégal se distingue par la rapidité et la fiabilité de la remontée des résultats, fruit d’une longue expérience et d’une organisation bien rodée.
À ses yeux, introduire un nouveau système dans un domaine aussi sensible comporte des risques réels : période d’apprentissage, possibles dysfonctionnements, voire ouverture à des failles exploitables. “On ne démantèle pas impunément un tel édifice”, prévient-il.
Parmi les dangers identifiés, Ibrahima Hamidou Dème évoque notamment la perte de repères institutionnels, la concentration excessive des pouvoirs électoraux et l’affaiblissement du rôle du juge, pourtant garant ultime de la sincérité du scrutin.
Il met également en garde contre les innovations techniques prévues, comme la dématérialisation du processus électoral ou l’introduction progressive du vote électronique. Si ces outils peuvent moderniser le système, ils pourraient aussi, selon lui, alimenter la suspicion en l’absence de garanties suffisantes.
Tout en se disant favorable à certaines évolutions — comme l’introduction du bulletin unique ou le renforcement des prérogatives de la CENA — l’ancien magistrat insiste sur la nécessité de préserver les équilibres existants. “Réformer ne signifie pas déconstruire”, martèle-t-il.
En conclusion, il appelle à une réflexion approfondie avant toute transformation majeure du système électoral. Pour lui, la création de la CENI apparaît comme une réponse disproportionnée à un problème insuffisamment démontré, avec le risque de fragiliser un modèle qui a jusque-là assuré la stabilité démocratique du pays.
































