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L’Ouganda, en présentant un candidat, fait le choix d’une Afrique divisée plutôt que rassemblée. Une telle décision risque de disperser les voix africaines et de laisser, une fois encore, à d’autres le soin de décider de l’avenir des grandes institutions internationales.
Cette situation rappelle combien la fragmentation politique du continent, héritée du partage colonial organisé à partir de la Conférence de Berlin (1884-1885), continue de produire ses effets. Cette conférence a fixé les règles de la conquête et du partage de l’Afrique entre les puissances européennes. Les frontières qui en ont résulté, tracées sans considération suffisante pour les réalités historiques, culturelles et humaines des peuples africains, continuent d’influencer notre destin collectif.
Tout cela est profondément regrettable. Nous contribuons nous-mêmes à prolonger cette fragmentation lorsque nous privilégions les logiques nationales au détriment de l’intérêt supérieur du continent. Nous finissons ainsi par accepter, consciemment ou non, que l’Afrique demeure un wagon dans le train du monde, alors qu’elle possède toutes les ressources humaines, intellectuelles et naturelles pour en être une locomotive.
Je ne m’exprime pas ici en tant que Sénégalais. Je parle en panafricaniste, profondément attaché à l’équité, à l’éthique et à la conviction que tous les continents ont une égale dignité. Cette égale dignité doit également se traduire par un accès équitable aux plus hautes responsabilités internationales.
Ma position serait exactement la même si les rôles étaient inversés. Si un candidat ougandais apparaissait comme le mieux placé pour porter les ambitions de l’Afrique, je dénoncerais avec la même fermeté toute initiative de mon propre pays qui viendrait affaiblir cette candidature. Les principes n’ont de valeur que lorsqu’ils s’appliquent indépendamment de la nationalité des personnes concernées.
Le véritable défi n’est donc pas de savoir quel pays l’emportera. Il est de déterminer si l’Afrique est enfin capable de placer l’intérêt supérieur du continent au-dessus des intérêts nationaux immédiats. Le monde respecte les ensembles qui savent construire des consensus et défendre une vision commune. L’Afrique doit désormais démontrer qu’elle en est capable.
Le panafricanisme ne peut être un simple discours prononcé lors des cérémonies officielles. Il doit devenir une méthode de gouvernance, une culture politique et une exigence morale. Il implique parfois que chaque État accepte de s’effacer lorsque l’intérêt supérieur de l’Afrique le commande.
L’histoire jugera moins les candidatures que notre capacité collective à construire une Afrique forte, crédible et influente. Le temps est venu de transformer notre diversité en unité d’action.
Tous les continents ont le droit légitime d’aspirer à peser sur les grandes décisions qui façonnent l’avenir de l’humanité. Pourquoi pas l’Afrique ? Revendiquer une place conforme à son potentiel ne relève ni de l’arrogance ni d’une quelconque volonté hégémonique. C’est simplement une exigence de justice, d’équité et de dignité.
Ce plaidoyer n’est dirigé contre aucun continent. Bien au contraire, j’ai, pour chacun d’eux, le même respect. Le XXIᵉ siècle est celui d’une interdépendance devenue une réalité incontestable. Aucun continent ne peut, à lui seul, répondre aux immenses défis de notre temps. La paix, la sécurité, le changement climatique, la sécurité alimentaire, la santé mondiale, les migrations, les transitions énergétiques ou encore l’intelligence artificielle exigent des réponses collectives.
C’est précisément parce que nous croyons en cette communauté de destin que nous souhaitons une Afrique plus unie, plus forte et plus influente. Une Afrique capable d’apporter toute sa contribution à la gouvernance mondiale, non contre les autres continents, mais avec eux, dans un esprit de coopération, de solidarité, de responsabilité partagée et de respect mutuel.
Une Afrique forte ne diminuera aucun autre continent. Elle renforcera, au contraire, l’équilibre du monde en y apportant toute la richesse de son histoire, de sa jeunesse, de ses cultures, de ses savoirs et de son immense potentiel d’innovation.
L’Afrique ne gagnera véritablement sa place au sommet du monde que lorsqu’elle comprendra que son unité constitue sa première force. Ce jour-là, elle cessera d’être un wagon de l’histoire pour devenir l’une des locomotives qui en déterminent la direction. Et cette victoire ne sera pas seulement celle des Africains, elle sera aussi celle d’un monde plus juste, plus équilibré et plus fraternel.

























