Quand le camp au pouvoir se disloque sous fond de rivalités internes, de reniements de tous ordres et de désespérance en termes de résultats concrets, la solution n’est plus entre leurs mains. Entre ceux qui refusent d’être comptables de ce bilan et ceux qui appellent à une nouvelle orientation, la réalité est que c’est ce camp, uni ou fracturé, qui a entraîné le Sénégal dans l’impasse. En ayant les yeux rivés sur le rétroviseur, en cherchant davantage à s’accabler du passé quitte à compromettre le futur, en privilégiant un camp au détriment de la Nation, le régime a fait fausse route.
Les faits sont implacables. Selon les chiffres officiels qui restent en deçà de la réalité, le taux de chômage a atteint 22,9% au premier trimestre 2026, en hausse par rapport aux 21,7% de la même période en 2025, avec un chômage rural culminant à 32% et un chômage des jeunes à 28,4% contre 16,8% chez les adultes. Le marché du travail se dégrade au moment même où la démographie exige des centaines de milliers d’emplois nouveaux chaque année. Le secteur privé, censé porter la transformation économique, reste asphyxié par l immobilisme de l’Etat, la cherté du crédit, et l’incertitude politique. Le PRES, ce Programme de Redressement Économique et Social promis comme sursaut, s’est essoufflé sans produire de choc de confiance ni de choc d’investissement. Et pendant ce temps, la dette, elle, ne négocie pas : elle représente 132% du PIB hors rebasing, et son service absorbera près de 70% des recettes de l’État en 2026. Trente pour cent du PIB doit être refinancé, et il faudra trouver 6 075 milliards de francs CFA d’ici 2026. Entre 2026 et 2028, le pays devra payer 14 870 milliards de francs CFA au titre du service de la dette totale. Les obligations sénégalaises se négocient désormais en dessous du seuil de détresse, certaines à peine à 54-61 cents sur le dollar, verdict sans appel des marchés, jugement financier plus que moral.
La volonté de reprise en main du Président de la République est salutaire, et elle était exigée tant la dérive était flagrante. Cependant, le mal est fait. Le mandat va subir ses tares congénitales. Les querelles de pouvoir vont continuer. Les élections de mi-mandat, voire de fin de mandat, législatives anticipées, locales, risquent d’apporter plus de confusion, de conciliabules et de deals politiciens que de clarté. Il ne restera plus de temps pour réaliser et afficher un bilan, dans un contexte certain de restructuration ou de reprofilage sévère de la dette et de sacrifices à consentir au peuple.
Ce mandat est perdu. Cinq années où le Sénégal aura reculé là où il avait tous les signaux pour émerger. Oui, il y a eu cette dette mal comptabilisée, mal consolidée. Mais tant que la confiance n’était pas rompue de manière brutale, elle demeurait soutenable, malgré son niveau élevé. Et c’est cela le tournant : provoquer, de façon unilatérale, la rupture de confiance a été l’erreur fondatrice de ce mandat. Ceux qui étaient à la manette et ceux qui ont laissé faire doivent être sanctionnés, non par la vindicte, mais par le jugement de l’histoire et, le moment venu, par les urnes.
Ne nous y trompons pas. Ce n’est pas un concours de patriotisme de façade, qui nous sortira de l’ornière, mais une exigence de méthode, de compétence et de probité dans la gestion de la chose publique. Et on a vu ce camp à l’œuvre, ses reniements, ses querelles, son incapacité à transformer une rupture en projet.
Le Sénégal n’a plus le luxe d’attendre un nouveau round de règlements de comptes internes pour espérer un sursaut. D’autres forces, ailleurs, en dehors des sentiers battus de la politique sont interpellées pour porter cette exigence-là. À bon entendeur.


























