Voici votre texte réécrit à l’identique :
Le Sénégal croyait avoir refermé le chapitre des manipulations constitutionnelles liées au mandat présidentiel. Cette conviction n’aura pourtant résisté que quelques mois.
Dans une interview virale, Arona Coumba Ndoffène Diouf a soutenu que cinq années seraient insuffisantes pour permettre à un Président de la République de mettre en œuvre son programme et qu’il conviendrait, par conséquent, de porter son mandat à sept ans. L’idée a aussitôt trouvé des relais dans la mouvance présidentielle.
Cette sortie ravive une tentation : adapter la Constitution aux besoins du pouvoir plutôt que soumettre le pouvoir aux exigences de la Constitution. Hier, la controverse portait sur le nombre des mandats ; aujourd’hui, elle se déplace vers leur durée. Le procédé change, la logique demeure.
L’argument semble recevable : un programme gouvernemental exige du temps et les réformes structurelles produisent rarement leurs effets en quelques mois. Pourtant, il confond le temps de l’action publique et la durée du mandat présidentiel.
La Constitution n’a jamais eu pour fonction de garantir à un chef de l’État le temps nécessaire à l’achèvement de son projet. Elle organise l’exercice temporaire d’une souveraineté qui demeure celle du peuple. Le mandat présidentiel n’est ni un droit personnel ni un crédit de temps. Il constitue une délégation de confiance consentie pour une durée précise.
Si cinq années ne suffisent pas, l’ordre démocratique a déjà prévu la réponse : le Président retourne devant les électeurs et sollicite leur confiance pour un second mandat. Au peuple d’apprécier alors les résultats et de décider si l’œuvre entreprise mérite d’être poursuivie. Le temps supplémentaire se demande aux citoyens ; il ne se négocie pas entre gouvernants.
Sous cet angle, la proposition d’un septennat apparaît moins comme une réforme institutionnelle que comme un aveu involontaire. Au lieu d’interroger l’efficacité de l’action publique ou la qualité de son exécution, on met en cause la durée du mandat. La Constitution devient ainsi le bouc émissaire commode des insuffisances de gouvernance.
Lorsqu’un pouvoir discute déjà du temps qu’il lui faudrait pour gouverner avant même d’avoir pleinement employé celui que le peuple lui a confié, ce n’est pas la Constitution qui révèle ses limites. C’est le pouvoir qui révèle ses doutes.
À cette inconsistance politique s’ajoute une impossibilité juridique. L’article 27 de la Constitution fixe la durée du mandat présidentiel à cinq ans. L’article 103 soustrait expressément cette durée au pouvoir de révision. Le constituant a donc voulu la protéger contre les intérêts conjoncturels des majorités et la tentation des gouvernants de modifier les règles qui encadrent leur propre pouvoir.
Cette protection procède d’une leçon constante de l’histoire : tout pouvoir finit par trouver trop étroites les limites qui lui sont imposées. La Constitution empêche donc les gouvernants de décider eux-mêmes du temps pendant lequel ils gouverneront.
C’est ici que prend sens la notion de banditisme constitutionnel. Celui-ci ne commence pas le jour où la Constitution est effectivement révisée. Il naît lorsque des responsables politiques préparent les esprits à accepter ce que le droit interdit encore ; il prospère lorsque des atteintes aux équilibres institutionnels sont présentées comme des ajustements ; il s’installe lorsque les garanties démocratiques sont décrites comme des entraves à l’efficacité gouvernementale.
Cette proposition est d’autant plus grave qu’elle fait abstraction de l’histoire récente du Sénégal. Les controverses sur le mandat présidentiel ont fracturé la Nation, affaibli la confiance dans les institutions et provoqué des violences dont les séquelles demeurent visibles. Des vies ont été perdues, des familles meurtries, une société durablement éprouvée. On aurait pu croire cette leçon suffisante. Certains refusent encore de l’entendre.
Le paradoxe est plus saisissant encore au regard du parcours de son auteur. Ancien membre de l’Alliance pour la République et ministre-conseiller sous Macky Sall, Arona Coumba Ndoffène Diouf ne peut ignorer les conséquences politiques des controverses liées au mandat. Une telle expérience aurait dû commander la retenue, non la remise en circulation d’une idée dont le Sénégal connaît déjà le coût.
La misère politique produit parfois des spectacles affligeants. Elle pousse certains à solder leurs convictions comme on liquide un patrimoine devenu encombrant. Les principes s’effacent devant les calculs, les reniements se parent des habits de la réflexion et les contorsions intellectuelles empruntent le langage du droit pour masquer des concessions au pouvoir du moment. L’honneur politique cesse alors d’être un principe pour devenir une monnaie d’échange.
Heureusement, cette dérive n’a pas laissé indifférents tous les responsables de la mouvance présidentielle. Aminata Touré a rappelé aux promoteurs de cette proposition une évidence juridique : la durée du mandat présidentiel figure parmi les clauses intangibles de la Constitution. Elle les a surtout invités à se consacrer à la massification et à l’organisation de leur parti plutôt qu’à rouvrir un débat que le Sénégal a déjà payé au prix fort.
Face à l’article 103, certains pourraient invoquer une nouvelle Constitution. L’argument ne résiste pas davantage à l’analyse. Une Constitution nouvelle répond à une volonté de refondation profonde du pacte politique ; elle ne saurait servir à contourner les interdictions du texte en vigueur. La détourner pour allonger le mandat présidentiel serait une fraude à l’esprit du constitutionnalisme.
Le véritable débat ne consiste donc pas à savoir si cinq ans suffisent pour gouverner. Il consiste à comprendre pourquoi, à peine plus de deux ans après l’alternance de mars 2024, certains responsables ne parlent déjà plus des résultats à produire, des engagements à tenir ou des réformes à accélérer, mais du temps supplémentaire qu’il faudrait accorder au pouvoir.
Les grands bâtisseurs ne réclament pas davantage de temps. Ils démontrent que celui que le peuple leur a confié peut être utilement employé. Les pouvoirs qui commencent à regarder la Constitution comme une contrainte révèlent surtout leur inquiétude quant à leur capacité à convaincre par leurs résultats.
Le mandat présidentiel n’appartient ni au chef de l’État, ni à un parti, ni à quelques porte-voix empressés. Il appartient au peuple sénégalais. La Constitution en fixe la durée et le suffrage en renouvelle, ou non, la légitimité. Aucun responsable politique n’a qualité pour négocier ce qui ne lui appartient pas. Il ne saurait donc être question de sept ans pour satisfaire les convenances du Prince, mais de cinq ans pour le Président, conformément à la Constitution. Car, dans une République, le temps du pouvoir ne se négocie pas au bénéfice de ceux qui l’exercent : il demeure, en dernier ressort, la propriété du peuple.
hady traore
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