La souveraineté ne se négocie pas à voix basse »

Xalima
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Hier Dimanche, le ministre de l’Énergie, et du Pétrole a annoncé que le gouvernement actuel sortait d’un souverainisme devenu « populiste », parce que « cette parole qui blesse » avait fait perdre la confiance de nos partenaires.

Oh My God! était exactement ma réaction. Comment un ministre d’un secteur aussi stratégique pour le Sénégal peut il être aussi léger? L’adversité politique vaut elle la peine de saboter les énormes progrès faits dans ce secteur?

Un dirigeant d’une grande compagnie pétrolière internationale m’avait tenu il y’a un an, en substance, ce langage :

« DG, nous vous admirons beaucoup, et nous savons que vous défendez les intérêts de votre pays. Mais nous aussi servons les intérêts de nos actionnaires. Si nous pouvons obtenir davantage dans les négociations, nous le ferons. Or la position du Sénégal est ambiguë. Nous avons l’impression qu’il y a deux camps, des faucons et des colombes, et qu’ils se font la guerre. Notre position est donc d’attendre de voir lequel des deux l’emportera. »

Je n’ai jamais reçu meilleure leçon de négociation.

Écoutez bien ce qu’il ne m’a pas dit. Il ne m’a pas dit : « vous êtes trop exigeants ». Il ne m’a pas dit : « votre ton nous blesse ». Il m’a dit : « vous êtes divisés, et nous attendons ».

Ce ne sont pas nos exigences qui font fuir les compagnies. C’est notre incohérence qui les fait patienter.

Cet homme était honnête. Il défendait ses actionnaires, et c’était son métier. Le nôtre était différent: faire en sorte que le pétrole et le gaz du Sénégal servent d’abord les Sénégalais. Ce n’est pas une idéologie. C’est écrit à l’article 25-1 de notre Constitution.

Pas une seule fois une compagnie ne s’est plainte devant moi de notre langage. Jamais. Ce n’est pas ce qui les intéresse. Ce qui les intéresse, ce sont les chiffres, les clauses et les délais.

Et puisqu’on parle de fermeté de langage, parlons-en honnêtement. C’est leur propre grammaire de négociation. Des ultimatums. Des dates butoirs. Des menaces de suspendre les investissements. Des rappels appuyés de la possibilité d’un arbitrage. Personne n’a jamais appelé cela du populisme. On appelle cela défendre ses intérêts.

Mais qu’un État africain parle avec la même fermeté, et cela devient une « parole qui blesse » pour les faibles d’esprit.

Voilà le vrai déséquilibre. Il n’est ni dans nos exigences, ni dans notre ton. Il est dans le fait que nous soyons les seuls à devoir nous excuser d’avoir défendu ce qui nous appartient.

Et il y a plus grave. Pendant deux ans, nos contreparties attendaient de savoir lequel des deux camps allait gagner. Dimanche soir, le ministre leur a donné la réponse. Publiquement. Gratuitement. En pleine négociation.

Ce n’est pas un simple ajustement de langage. Pour le négociateur d’en face, c’est une information qui a un prix.

Car les dossiers ouverts sont connus : la fiscalité, les coûts pétroliers recouvrables, les obligations de livraison du gaz domestique, les termes des prochains investissements. Dans une négociation, votre position ne vaut pas ce que vous dites: elle vaut ce que l’autre croit que vous tiendrez. Et ça le ministre et son gouvernement le savent pas malheureusement.

Et quand un État déclare que sa fermeté d’hier était une erreur d’humeur, il fragilise aussi ses propres dossiers juridiques: les audits, les vérifications de coûts, les mises en demeure. On ne désarme pas seulement un discours, on désarme un dossier.

En avril 2026, l’État et PETROSEN ont obtenu le retrait sans aucune contrepartie financière pour le Sénégal, sans procès, sans arbitrage. Plus de 20 Tcf de gaz récupérable sont revenus au Sénégal, et la licence doit être accordée à notre compagnie nationale.

Voilà ce que la fermeté a produit : un actif récupéré, et pas une facture à payer.

Si notre méthode avait été mauvaise, nous serions aujourd’hui devant un tribunal arbitral, à nous défendre contre des réclamations de centaines de millions de dollars. Nous avons obtenu l’inverse : le bloc, sans un franc, et sans contentieux.

C’est cela, la preuve. La souveraineté ne se mesure pas en décibels ni en communiqués. Elle se mesure à ce que l’on ramène de la table : des actifs récupérés, des coûts vérifiés, du gaz destiné à l’industrie sénégalaise.

Si c’était ça du populisme, nous en voulons encore. Et elle marchait.

La souveraineté sans nom, c’est un slogan. Le pragmatisme sans ngor, c’est une capitulation qu’on n’ose pas nommer.

Alioune Guèye, ancien DG de Petrosen Holding SA (Société nationale des pétroles du Sénégal).

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