Portrait : Abdou Latif Guèye, le fondateur de Jamra et militant de la cause sociale

Lesenegalaislibre
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XALIMANEWS: Abdou Latif Guèye (1956-2008) est une figure marquante de la société civile sénégalaise, connue pour son engagement dans la lutte contre les fléaux sociaux et pour être le fondateur de l’ONG Jamra. Issu de la lignée des Diassirato, l’une des douze grandes familles lébou de la presqu’île du Cap-Vert, il s’est très tôt illustré par son militantisme et son engagement public.

À l’âge de 20 ans, en 1976, il s’engage en politique aux côtés du professeur Cheikh Anta Diop dans le cadre du Rassemblement national démocratique (RND). Mais en 1982, il décide de quitter la sphère politique pour se consacrer pleinement à la société civile. Il devient alors un pionnier dans la lutte contre la prostitution, la drogue, le sida et d’autres phénomènes sociaux qu’il considérait comme des menaces pour la société.

En 1983, il lance Jamra, la première revue sénégalaise spécialisée dans les dossiers sociaux, qui donnera naissance à l’organisation du même nom. Journaliste de formation, il devient en 1984 rédacteur en chef du journal Walfadjri. Son engagement l’amène également à créer, en 1987, le premier Centre de documentation et d’information sur la toxicomanie et le sida au Sénégal. Formé en France en prévention de la toxicomanie, il a siégé dans plusieurs instances internationales spécialisées sur les questions liées aux drogues et aux addictions.

Très actif sur les plans national et international, Abdou Latif Guèye a dirigé la Fédération sénégalaise des ONG de lutte contre la drogue (Fonselud) ainsi que le Conseil des ONG de lutte contre le sida (Icaso-Sénégal). Il a également été l’initiateur du premier colloque national sur “Islam et Sida” et co-président d’un colloque international sur “Sida et Religion”.

Sur le plan politique et institutionnel, il a occupé les fonctions de député et de vice-président de l’Assemblée nationale. Il est notamment à l’origine d’une loi adoptée en 2007 renforçant les sanctions contre le trafic international de drogues dures, avec des peines minimales de dix ans de prison.

Son parcours a toutefois été marqué par des controverses. En 2003, il a été accusé de mauvaise gestion dans une affaire liée à des médicaments antirétroviraux, ce qui lui a valu 14 mois de détention. Il dénoncera une cabale politique avant d’être réhabilité par la justice en 2004 et de reprendre ses activités.

Abdou Latif Guèye est décédé le 6 avril 2008 dans un accident de la circulation sur la route nationale 1, dans la région de Kaolack, alors qu’il se rendait à Tambacounda. Quelques jours auparavant, il avait protesté auprès de l’ambassade des Pays-Bas contre le film Fitna du politicien néerlandais Geert Wilders.

Chevalier de l’Ordre national du Lion et lauréat de plusieurs distinctions internationales, il laisse l’image d’un homme engagé, courageux et fidèle à ses convictions, qui a marqué la société sénégalaise par son combat contre les fléaux sociaux et pour la préservation des valeurs morales.

PIDvito

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