XALIMANEWS:Depuis la séquence politique de 2019, Abdou Wahab Ben Geloune s’est fait discret dans l’espace public sénégalais. Une absence remarquée, tant l’homme incarnait, à un moment donné, une figure montante : éloquence maîtrisée, vision structurée, discours économique solide. Beaucoup voyaient en lui un visage possible du renouvellement des élites sénégalaises. Aujourd’hui, le silence interroge, mais le parcours, lui, reste intact.
Abdou Wahab Ben Geloune est avant tout un produit du Sénégal populaire, urbain et exigeant. Il voit le jour à la SICAP Liberté 5, dans la banlieue dakaroise, au sein d’une famille où le savoir et le travail manuel cohabitent naturellement. Son père, technicien agricole reconnu, est aussi musicien au sein du légendaire Orchestra Baobab. Sa mère, enseignante spécialisée, consacre sa vie à l’éducation d’enfants vivant avec un handicap. Très tôt, il est confronté à l’effort, à la rigueur et au sens de la transmission.
Son enfance se déroule entre Saint-Louis, où il est élevé par sa grand-mère et sa tante, figures centrales de son équilibre affectif, puis Dakar, entre le Plateau et la cité Diamalaye. Ce cheminement forge chez lui une compréhension fine des réalités sociales, des contrastes urbains et des aspirations populaires.
Son entrée dans la vie professionnelle se fait sans privilège. Il débute comme vendeur dans une entreprise sénégalaise spécialisée dans les produits d’hygiène dentaire. Le terrain devient son école. En deux ans, il s’impose par le travail et les résultats, jusqu’à être distingué comme meilleur vendeur. Cette expérience marque durablement sa méthode : observer, apprendre, performer.
La suite de son parcours le mène en Guinée, où il occupe un poste d’analyste d’affaires. Mais la trajectoire est brutalement interrompue par des désillusions professionnelles qui le plongent dans une précarité extrême. À Conakry, il survit en transformant sa voiture personnelle en taxi. Lorsque celle-ci tombe en panne, il connaît la chute : ventes forcées de ses biens, nuits passées à même le sol, journées sans repas. Une épreuve silencieuse, vécue loin des projecteurs, qui façonne définitivement son caractère.
C’est pourtant de cette période sombre que naît sa résilience. Reparti de presque rien, il intègre Canal+ comme simple commercial. Il y progresse étape par étape, tout en développant en parallèle une passion pour les technologies mobiles. Il investit ses maigres économies dans des activités de services liées aux téléphones portables, avant de se lancer dans l’importation de solutions technologiques depuis l’Asie. Un cambriolage viendra une nouvelle fois tout anéantir. Mais l’abandon n’a jamais fait partie de son vocabulaire.
À force de persévérance, Abdou Wahab Ben Geloune s’impose comme un acteur majeur du secteur technologique en Guinée. En 2011, il prend la tête de Weego Sat SA, qu’il transforme progressivement en un groupe structurant. Il noue des partenariats stratégiques avec de grands opérateurs, distribue des marques internationales et devient un fournisseur clé des réseaux de téléphonie mobile du pays.
Son initiative la plus marquante reste la création de sa propre marque de téléphones mobiles, assemblés localement. Une première dans la sous-région, traduisant une vision claire : produire en Afrique, créer de la valeur sur place et réduire la dépendance technologique.
L’impact est mesurable. Des centaines, puis des milliers d’emplois créés. Une reconnaissance institutionnelle. En 2017, son entreprise est distinguée pour son innovation et ses performances, et lui-même est sacré meilleur entrepreneur de Guinée. Il devient également une figure influente de la diaspora sénégalaise, engagé dans les sphères économiques et sportives du pays d’accueil.
Au Sénégal, son groupe poursuit son implantation avec une ambition assumée : investir davantage, créer plus d’emplois et accompagner les jeunes talents locaux. Sans discours tapageur, sans posture populiste, mais avec une logique de résultats.
Le parcours d’Abdou Wahab Ben Geloune pose une question simple mais essentielle : dans un pays confronté aux défis de l’emploi, de l’industrialisation et de la crédibilité des élites, combien de profils ayant connu l’échec, la rue, la rigueur du marché et la réussite réelle sont véritablement valorisés ?
Discret, endurant, forgé par l’épreuve plus que par les privilèges, Abdou Wahab Ben Geloune incarne un type de leadership rarement mis en avant, mais profondément nécessaire. Un profil que le Sénégal gagnerait à regarder de plus près.
PIDvito



























