La lourde défaite contre la France, puis les trois buts encore encaissés face au Venezuela, doivent nous amener à une réflexion sérieuse sur notre football. Nous passons trop de temps à débattre de souveraineté et de préférence nationale, oubliant qu’à certains niveaux de compétition, ce sont avant tout la compétence, l’expertise et l’expérience qui font la différence.
Partout dans le monde, des entraîneurs européens dirigent avec succès des sélections qui ne sont pas celles de leurs pays d’origine. Pourquoi ? Parce que le football moderne est devenu une science, un ensemble d’équations tactiques à résoudre. Les matchs de très haut niveau se gagnent souvent au tableau, dans l’analyse vidéo et sur les blocs-notes avant même le coup d’envoi.
Le Sénégal n’a jamais manqué de talents. Nous avons des joueurs capables de rivaliser avec les meilleurs du monde et même de remporter les plus grands trophées. Le problème n’est donc pas le potentiel de notre effectif.
Face à la France, Didier Deschamps a parfaitement lu notre équipe. Il savait que les Sénégalais allaient vouloir reproduire l’exploit historique de 2002 et battre la France comme si cela devait devenir une habitude. Les Français nous ont laissés dépenser énormément d’énergie avant de faire parler leur maîtrise en seconde période. Le résultat est connu.
Avant cela, la Norvège avait déjà identifié les faiblesses de notre milieu de terrain et de notre axe central. Elle a exercé une pression intense dans cette zone et a été récompensée par trois buts. Pourtant, le dispositif tactique contesté par de nombreux observateurs a été reconduit.
Je considère que Pape Thiaw est un homme respectable qui aime son pays. Mais aimer son pays ne suffit pas pour réussir au plus haut niveau mondial. La Coupe du monde n’est pas la Coupe d’Afrique des Nations. Ce sont les meilleures nations, les meilleurs staffs et les meilleurs stratèges qui s’y retrouvent.
J’ai le sentiment que Pape Thiaw se contente trop souvent d’aligner des joueurs sans véritable identité de jeu clairement identifiable. Or aujourd’hui, un sélectionneur doit être capable de construire un système, de corriger ses erreurs, d’anticiper celles de l’adversaire et de prendre des décisions parfois impopulaires.
À cela s’ajoute une autre réalité : beaucoup de nos entraîneurs locaux éprouvent des difficultés à s’imposer face à certaines de nos jeunes vedettes internationales. Des complexes subsistent parfois, consciemment ou inconsciemment. Les meilleures décisions ne sont alors pas toujours prises. Dans le même temps, nous traitons souvent mal nos techniciens nationaux, qui doivent se battre pour leurs contrats et pour percevoir ce qui leur est dû. Cela n’aide ni leur autorité ni leur sérénité.
Je milite donc pour un entraîneur davantage outillé, plus expérimenté et capable de s’imposer devant n’importe quel joueur, quel que soit son statut. Un entraîneur qui n’a aucun complexe et qui dispose du bagage tactique nécessaire pour exploiter pleinement l’immense potentiel de notre sélection.
Le potentiel est là. Les joueurs sont là. Le problème, selon moi, se situe aujourd’hui sur le banc de touche.
Il faut avoir le courage de le dire.
Thierno Lo
PDG Groupe Senmedias / Yēglé TV



























