Alors que les débats politiques se tendent autour du bilan de la gouvernance et des choix opérés par l’exécutif, Boubacar Camara livre une appréciation sans ambiguïté sur le passage d’Ousmane Sonko à la Primature. Le ministre et président de Tabax-Construire revendique son jugement : selon lui, Sonko a été « excellent » dans ses fonctions de Premier ministre. Une déclaration qui prend une résonance particulière dans le contexte politique actuel.
« Il a été très bon, excellent. Ousmane Sonko a été excellent à la Primature, je l’assume. J’ai travaillé avec lui », affirme Boubacar Camara.
La déclaration est forte. Elle émane en effet d’un responsable qui évolue aujourd’hui au sein de l’appareil d’État et qui se retrouve ainsi à porter un regard favorable sur l’action de celui qui demeure l’une des principales figures politiques du Sénégal.
Une défense assumée de Sonko
Boubacar Camara ne cherche manifestement pas à contourner la question. Son appréciation du passage de Sonko à la Primature est directe et personnelle. Il insiste notamment sur le fait qu’il a travaillé avec l’ancien chef du gouvernement, donnant à son jugement la dimension d’un témoignage fondé sur une expérience concrète.
Cette prise de position intervient dans un climat où le bilan des premières années du pouvoir issu de l’alternance de 2024 fait l’objet de débats nourris. La déclaration de politique générale d’Ahmadou Al Aminou Lô a notamment relancé les discussions sur la trajectoire économique du pays, les choix gouvernementaux et la situation héritée des précédentes équipes.
Dans ce contexte, les propos de Camara apparaissent comme une manière de rappeler que le jugement porté sur l’action de Sonko à la Primature ne fait pas l’unanimité, y compris au sein des responsables proches du pouvoir.
Diomaye-Sonko : une divergence qui ne remettrait pas tout en cause
Interrogé sur les relations entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko, Boubacar Camara adopte également une position nuancée.
Pour lui, le président de la République dispose naturellement de la prérogative de choisir celui qui conduit le gouvernement. Autrement dit, une décision présidentielle mettant fin à une collaboration ne saurait, en elle-même, être assimilée à une rupture politique totale.
Mais le ministre va plus loin : il relativise les divergences apparues entre les deux hommes et estime que celles-ci demeurent secondaires au regard de ce qui les rassemble.
Une lecture qui contraste avec certaines interprétations présentant les tensions entre le chef de l’État et son Premier ministre comme le signe d’une fracture profonde au sommet du pouvoir.
Un message politique dans un moment particulier
Les déclarations de Boubacar Camara interviennent à un moment où la question de la cohésion du pouvoir est particulièrement scrutée.
Depuis l’arrivée au pouvoir du tandem Diomaye-Sonko, l’un des principaux enjeux politiques consiste précisément à maintenir l’équilibre entre le président de la République, garant des institutions, et le Premier ministre, figure centrale de la majorité politique.
Camara semble ainsi vouloir privilégier une lecture fondée sur la continuité plutôt que sur la rupture. Il défend le bilan de Sonko à la Primature tout en reconnaissant au président Diomaye la légitimité de ses choix institutionnels.
Une position qui rappelle l’histoire du compagnonnage
La position de Boubacar Camara n’est pas totalement surprenante au regard de son parcours politique. Il entretient depuis plusieurs années des liens politiques avec Ousmane Sonko et avait notamment été associé à sa campagne présidentielle de 2019.
Mais son statut actuel donne à ses propos une portée supplémentaire.
En défendant publiquement Sonko tout en restant inscrit dans la dynamique institutionnelle actuelle, Camara semble envoyer un message : les divergences politiques ne doivent pas nécessairement effacer les acquis ou les qualités reconnues à ceux qui ont participé à la conquête du pouvoir.
Au-delà des hommes, la question du bilan
La déclaration pose finalement une question plus large : comment juger les différentes étapes de la gouvernance issue de l’élection de 2024 ?
Dire que Sonko a été « excellent » à la Primature revient nécessairement à ouvrir le débat sur son bilan, ses méthodes, ses résultats et les décisions prises durant son passage à la tête du gouvernement.
Or, dans le débat politique actuel, cette question est loin d’être secondaire.
À l’heure où l’exécutif cherche à défendre sa trajectoire et où l’opposition multiplie les critiques, le témoignage de Boubacar Camara apporte une voix supplémentaire au débat. Une voix d’autant plus intéressante qu’elle vient de l’intérieur du dispositif institutionnel.
En assumant publiquement son appréciation de Sonko, Boubacar Camara choisit donc de ne pas effacer le passé récent. Il rappelle surtout qu’au-delà des divergences entre hommes et des évolutions politiques, le jugement sur l’action d’un Premier ministre doit aussi pouvoir s’appuyer sur ceux qui ont travaillé directement à ses côtés.























