Depuis l’annonce de la candidature de l’ancien Président Macky Sall au poste de Secrétaire général des Nations unies, un phénomène désormais bien connu s’est remis en marche : celui de la diabolisation automatique, mécanique, presque industrielle, qui s’abat sur toute figure publique osant dépasser les frontières étroites du débat partisan. Il faut le dire clairement : ce qui se joue aujourd’hui n’est pas une évaluation objective d’un parcours, mais une tentative de réécriture politique.
À peine la candidature annoncée, les accusations les plus graves ont ressurgi, comme si elles étaient prêtes depuis longtemps, n’attendant qu’un prétexte pour être relancées. On parle de « meurtres », de « répression », de « dérives autoritaires ». Ces accusations relèvent d’une construction partisane, sans fondement factuel, qui ignore volontairement les réalités institutionnelles d’un pays confronté à des tensions sociales, à des violences politiques et à des menaces sécuritaires régionales dont nous connaissons tous les origines. La mémoire collective n’est pas une matière malléable que l’on peut modeler à coups de vociférations sur les réseaux sociaux et les plateaux de télévision.
Il est utile de rappeler une évidence : aucun Président de la République ne peut être blâmé pour avoir assuré l’ordre public, protégé les citoyens et préservé la stabilité nationale. C’est même la première responsabilité d’un Chef d’État. Confondre maintien de l’ordre et répression, c’est faire de la politique avec des raccourcis dangereux.
Ce qui frappe aujourd’hui, c’est la facilité avec laquelle certains acteurs ont lâché leurs cerbères pour saturer l’espace public d’attaques personnelles, d’amalgames et de récits déformés. Ces détracteurs ne cherchent même pas à remporter le débat. Pourquoi s’encombrer de l’art subtil de la persuasion quand on peut recourir à la force brute de la condamnation ? La courtoisie et la conciliation leur apparaissent comme une corvée, tout juste bonnes pour les naïfs. Le mépris est le privilège grisant et facile de ceux qui parlent de ce qu’ils ne savent pas. Cette attitude a jeté un voile toxique sur tout le débat public, où la nuance est devenue suspecte et la vérité presque inaudible.
Cette stratégie n’est pas nouvelle. Elle consiste à envelopper toute discussion d’une animosité aveugle, à transformer chaque désaccord en procès moral, à détourner l’attention du fond vers une malveillance diffuse. C’est une mécanique bien rodée : on accuse, on amplifie, on répète, dans l’espoir qu’il en restera toujours quelque chose !
La candidature de l’ancien Président doit être examinée pour ce qu’elle est réellement : celle d’un homme d’État ayant exercé des responsabilités nationales et internationales majeures, ayant dialogué avec les grandes puissances, ayant contribué à la stabilité régionale et ayant porté la voix de l’Afrique dans les instances multilatérales.
Le poste de Secrétaire général de l’ONU n’est pas un concours de popularité interne, ni un prolongement des querelles nationales. Il s’agit d’une fonction exigeant une expérience diplomatique solide, une capacité de médiation, une connaissance fine des enjeux globaux, et une crédibilité internationale construite sur plusieurs années.
Cette tribune n’a pas pour objectif de convaincre tout le monde. Elle vise simplement à rappeler que la démocratie ne peut survivre si le débat public est confisqué par la diffamation, la peur et l’intimidation. Nous voulons, ici, appeler à un retour à la raison, à la responsabilité et à la vérité des faits. Nous refusons que l’on banalise l’invective, que l’on légitime le mensonge et que l’on industrialise la haine.
Car noyer le débat dans une animosité aveugle, c’est empêcher toute réflexion véritable de survivre. Et un pays qui ne laisse plus survivre la vérité finit toujours par perdre bien plus que des débats politiques : il perd sa capacité à se regarder en face, ratant ainsi volontairement le coche de l’Histoire.
Moussa SY
USA






























