Quand la confiance devient un show (par Arame Ndiaye)

Lesenegalaislibre
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Sur TikTok, un compte fait chaque semaine le buzz, non pas pour des idées de business qu’il propose aux entrepreneurs, encore moins pour des tips, mais plutôt pour les potins qu’il partage, communément appelés « cas » au Sénégal. Khady Sonko, plus connue sous le pseudonyme de My Bestie, n’est plus à présenter sur ce réseau social. À elle seule, la jeune femme cumule des millions de vues sur ses publications, avec des centaines de réactions. Dans le domaine des potins, My Bestie est assurément la meilleure, au propre comme au figuré. La tiktokeuse surfe sur une vague dont sont friands les Sénégalais : l’intimité.
En effet, dans les histoires sur fond de confessions qu’elle partage, la thématique la plus récurrente est liée à l’obscénité. Sur sa page, la confidence ne noie plus la douleur, elle l’alimente et devient un show dont se délectent des millions d’utilisateurs à travers le monde.
Conseillère pour certains, ou coach autoproclamée des couples en crise pour d’autres, elle est devenue, au fil des posts, une caisse de résonance des frustrations intimes et des scandales sexuels supposés.
Dans ses lives, on parle de tout, mais surtout de ce qui, jadis, restait enfermé dans la sphère de l’intime. Les disputes conjugales, les soupçons d’infidélité, les divorces, les frustrations sentimentales ou encore les secrets de couple sont publiés et commentés à tout-va. Aujourd’hui, My Bestie s’est imposée comme un véritable phénomène numérique au Sénégal.
Des hommes se vantent de leurs performances sexuelles devant My Bestie ; de jeunes femmes racontent comment elles se sont fait une nouvelle virginité : des « cas » de plus en plus ahurissants.
Cependant, My Bestie sait tenir en haleine son public et entretenir le suspense, laissant planer les identités sans jamais les dévoiler. Il faut dire ce qu’il en est : les potins attirent et font vendre, et la créatrice sait en jouer pour maintenir l’attention de sa communauté. Sur TikTok ou même sur YouTube, elle est très suivie avec des potins de plus en plus croustillants, au grand bonheur des adeptes de l’indiscrétion.
Mais ces confessions mises à nu sur la place publique en disent long sur notre rapport à l’intimité. Aujourd’hui, avec les réseaux sociaux, le sutura (la discrétion) et le kersa (la pudeur), deux valeurs qui faisaient le charme de notre pays, semblent reléguées aux oubliettes, sacrifiées sur l’autel du buzz à tout prix. À l’ère du numérique, l’intimité est de plus en plus dévoyée avec des pages comme My Bestie. Et elle n’est pas la seule, car d’autres groupes spécialisés dans le « top cas » (suivi de potins) misent aussi sur les confidences, qui tournent majoritairement autour de l’intime.
Et pourtant, d’autres forums de discussion existent et permettent à certains d’extérioriser leurs douleurs ou même de trouver de l’aide. C’est le cas de « Femmes Chics » ou encore « Sama Dieukeur, Sama Xarite » (mon mari, ma moitié), qui permettent souvent à des femmes de discuter de leurs problèmes de fertilité, de couple, de vaginisme, et même, souvent, d’exposer leurs difficultés financières. S’ensuivent des conseils, des adresses de médecins, des appuis financiers, prouvant que les réseaux sociaux peuvent bel et bien se transformer en une chaîne de solidarité insoupçonnée.
En effet, loin d’être uniquement des vitrines d’exhibition, les plateformes digitales peuvent aussi devenir des espaces de soutien où sororité et fraternité se conjuguent harmonieusement. Tout dépend, au fond, de ce que l’on choisit d’y exposer… et de ce que l’on décide d’en faire.

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