Révision constitutionnelle : Talla Sylla plaide pour un référendum et met en garde contre les dérives institutionnelles (entretien avec Xalima) 

Lesenegalaislibre
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XALIMANEWS: La question de la révision constitutionnelle continue de polariser le débat public au Sénégal. Entre partisans de la réforme et voix critiques, les prises de position se multiplient autour du texte porté par la majorité parlementaire. C’est dans ce contexte que l’ancien maire de Thiès et Président de Jëf Jël, Talla Sylla, a accordé un entretien à Xalima.

Au cours de cet échange, il développe sa lecture des enjeux institutionnels liés à cette réforme. Défenseur de la souveraineté populaire, il estime qu’une révision de la Constitution ne peut être dissociée de l’avis direct des citoyens et plaide pour le recours au référendum dès lors que l’équilibre des institutions est en jeu.

Le Membre du Mouvement AAR SUNU RÉPUBLIQUE revient également sur le rôle de l’Assemblée nationale, la séparation des pouvoirs, le respect de l’État de droit, les conséquences d’une majorité parlementaire forte ainsi que les mécanismes qu’il juge indispensables pour préserver la stabilité des institutions républicaines. Il livre enfin son regard sur l’avenir de la démocratie sénégalaise et les conditions qu’il estime nécessaires pour restaurer la confiance entre les citoyens et leurs institutions.

Xalima vous propose l’intégralité de cet entretien ci-dessous

1. Vous affirmez que la question fondamentale n’est pas « attendre quoi ? », mais « attendre qui ? ». Pourquoi ce changement de perspective vous paraît-il essentiel dans le débat actuel ?

Parce qu’il remet le Peuple au cœur de la République. L’interrogation « attendre quoi ? », formulée par certains intellectuels pour justifier un passage en force, est une question technique qui relève de l’urgence politicienne. Elle sous-entend que le temps parlementaire est le seul qui compte. Or, réviser la Constitution, ce n’est pas voter le budget. C’est toucher au contrat social. La véritable question est donc « attendre qui ? ». Et la réponse est : le souverain légitime, c’est-à-dire le peuple sénégalais. On ne modifie pas les règles fondamentales du jeu dans l’urgence sans l’arbitrage direct de celui à qui appartient le pouvoir constituant originaire.

2. Dans votre texte, vous insistez sur le fait que le peuple est le seul souverain. Selon vous, pourquoi cette souveraineté est-elle aujourd’hui au cœur des enjeux institutionnels ?

Nous faisons face à une tentation dangereuse : la confusion entre le pouvoir législatif et le pouvoir constituant. Une majorité parlementaire, aussi large soit-elle, n’est que la dépositaire temporaire d’un mandat. Elle n’est pas propriétaire de la souveraineté. L’enjeu institutionnel actuel est de savoir si l’on accepte qu’une Assemblée nationale puisse s’arroger le droit de modifier unilatéralement, et pour des intérêts partisans, l’équilibre des pouvoirs. La souveraineté populaire est notre seul rempart contre ce que j’appelle la tyrannie de la majorité.

3. Vous écrivez que la Constitution est le pacte fondamental entre les citoyens. En quoi estimez-vous que ce pacte est aujourd’hui menacé ?

Ce pacte est menacé par la ruse et la confiscation. Lorsque l’Exécutif initie un projet de révision destiné à être soumis au dialogue national, et qu’une majorité parlementaire le subtilise pour en faire une proposition de loi en procédure d’urgence, sans aucune concertation, c’est une rupture de confiance. Le pacte est menacé car on tente d’utiliser la loi suprême non pas pour rassembler la Nation, mais pour régler des comptes politiques, affaiblir les prérogatives du Président de la République élu en mars 2024 et imposer un changement de régime à l’insu des Sénégalais. C’est un coup d’État parlementaire rampant.

4. Vous appelez à préserver « l’hygiène institutionnelle ». Que recouvre concrètement cette notion dans le contexte actuel ?

L’hygiène institutionnelle, c’est le refus des arrangements entre amis sur le dos de la République. C’est le respect scrupuleux de la hiérarchie des normes et de la séparation des pouvoirs. Concrètement, cela signifie qu’on ne vote pas une modification du Règlement intérieur en juin 2025 pour l’appliquer de manière rétroactive à une situation cristallisée depuis décembre 2024, afin de contourner l’incompatibilité absolue prévue par l’Article 54 de la Constitution. L’hygiène institutionnelle, c’est exiger que nos institutions ne soient pas traitées comme des variables d’ajustement pour sauver des carrières individuelles.

5. Vous évoquez une « crise de la déshonorabilité » de la représentation nationale. Quels faits vous conduisent à un constat aussi sévère ?

Ce constat découle d’une suite de manquements graves. Si ceux qui dirigent aujourd’hui la majorité parlementaire avaient véritablement voulu opérer des changements majeurs et légitimes, la tête de liste de leur parti aurait dû siéger à l’Assemblée nationale et occuper le perchoir dès le 2 décembre 2024. Au lieu de cela, nous avons assisté à un refus de s’installer, à un maintien dans des fonctions gouvernementales, puis, un an et demi plus tard, à une réintégration forcée par le Bureau de l’Assemblée nationale le 24 mai 2026. Un Parlement qui viole ses propres règles et la Constitution pour s’accommoder des caprices d’un homme sombre inévitablement dans la déshonorabilité.

6. Vous revenez sur votre position selon laquelle il ne fallait « donner la majorité à personne, mais la totalité au peuple ». Avec le recul, estimez-vous que les événements vous ont donné raison ?

Absolument. En novembre 2024, j’avais alerté nos compatriotes : donner une majorité écrasante à un seul camp crée l’illusion de la toute-puissance. Aujourd’hui, nous en payons le prix. Cette majorité se croit autorisée à manipuler la Constitution sans consulter personne. Si l’Assemblée nationale avait reflété la véritable diversité politique du pays, aucune formation n’aurait pu s’engager dans cette dérive solitaire. L’histoire nous montre que la concentration excessive des pouvoirs au Parlement mène aux pires abus. C’est pourquoi j’affirme que la totalité doit toujours rester entre les mains du peuple.

7. Vous critiquez ce que vous appelez une logique de « jongleries juridiques ». Quelles dérives institutionnelles redoutez-vous le plus ?

Je redoute que la Constitution ne devienne un simple brouillon que l’on rature au gré des humeurs d’un groupe parlementaire. Les jongleries juridiques que nous observons (substitution de projet en proposition de loi, forcing sur les incompatibilités, refus des mécanismes de contrôle) créent une insécurité juridique totale. La dérive ultime, c’est l’effondrement de l’État de droit : un pays où les citoyens sont soumis à la loi, mais où les gouvernants s’en affranchissent avec la complicité de certains clercs et intellectuels.

8. Vous estimez que les droits sociaux et numériques ne peuvent produire leurs effets que dans un État de droit pleinement respecté. Pourquoi cette précision vous semble-t-elle indispensable ?

Parce que l’on essaie de séduire les Sénégalais avec un miroir aux alouettes. Les auteurs de cette proposition de révision mettent en avant l’introduction de « droits-créances » (droit à l’inclusion numérique, à un environnement sain, etc.) pour cacher la régression démocratique. Mais qu’est-ce qu’un droit numérique dans un pays où les institutions sont manipulées ? Rien. Les droits sociaux ne sont pas des cadeaux qu’on octroie pour faire passer la pilule d’une concentration du pouvoir. Ils ne prennent vie et ne sont garantis que dans une République forte, où la justice est indépendante et où la Constitution est respectée par tous.

9. Vous concluez en appelant à « rendre la totalité au peuple ». Concrètement, quelles démarches ou mécanismes permettraient, selon vous, d’y parvenir ?

La démarche est simple et républicaine. Il faut d’abord le retrait immédiat et sans condition de cette proposition de loi qui est une forfaiture. Ensuite, il appartient au Président de la République, garant du fonctionnement régulier des institutions, d’ouvrir de véritables concertations nationales, sincères et inclusives. À l’issue de ces concertations, toute révision touchant à l’équilibre fondamental de nos institutions devra obligatoirement être soumise à la voie royale : le Référendum. C’est par le référendum, et lui seul, que l’on rend concrètement la totalité au peuple.

10. Au-delà de ce débat constitutionnel, quel message souhaitez-vous adresser aux Sénégalais sur l’avenir des institutions et de la démocratie ?

Mon message, celui du Jëf Jël, est un appel à la vigilance permanente. La République n’est jamais un acquis définitif ; c’est un combat de tous les jours. La démocratie ne s’éteint pas toujours par le bruit des bottes, elle peut aussi sombrer sous le silence complice face aux manipulations législatives. J’invite tous les Sénégalais, par-delà les clivages politiques, à se dresser comme un seul homme pour défendre notre patrimoine commun. C’est le sens de la Grande Marche pour la Défense de la République que le mouvement AAR SUNU RÉPUBLIQUE organise le vendredi 10 juillet 2026. L’avenir de nos institutions dépendra exclusivement de notre capacité à dire « non » à l’inacceptable.

PIDvito

Xalima le 01 juillet 2026

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