Le 18 Pastefmaire (Méphisto le Client ou l’effaçage en marche)

Xalima
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« We got him ! » lança Paul Bremer, le 14 décembre 2003, après la capture de Saddam Hussein, dans un trou humide près de Tikrit. Plus de vingt et un ans plus tard, à Djolof Land, nul doute que Méphisto le Client a dû souffler en français : « On l’a eu. »

Le gibier ? Le Chroniqueur Intrépide, ce libre esprit des ondes, a fini par passer sa première nuit en cellule, la première d’une longue période. Son crime ? Avoir tenu des « discours contraires aux bonnes mœurs » et proféré des propos jugés « offensants », en clair, des critiques dirigées contre le maître des lieux, Méphisto le Client lui-même. Comprenez : des mots qui piquent là où le silence est exigé.

Et pourtant, dans cette affaire, le souffleur d’étincelles, Goebbels le Pestiféré est rentré chez lui sans qu’on lui demande de comptes. C’est lui pourtant qui avait versé les premiers mots : « client », « proxénète », « prostituée ». C’est lui qui avait lancé le feu. Le Chroniqueur, lui, n’a fait que reprendre l’écho. Et c’est lui qu’on efface. Comme tant d’autres.

Notre pensée va à Dioufy l’Insulteur en Chef, toujours détenu depuis février. Une liste noire qui s’allonge, longue comme le Rosary of the Most Holy Rosary, le plus long chapelet du monde.

Mais la chronique du jour n’est pas un énième chant funèbre sur la censure ordinaire. La chape de plomb qui s’abat cyniquement sur Djolof Land. Elle parle d’une autre forme d’effacement, plus rusée, plus calculée, presque élégante : celle du roi. Buurba Djolof.

Oui ! Des faits têtus nous poussent à croire que Méphisto le Client veut effacer Buurba Djolof.

D’abord, lors de la visite de Buurba Djolof dans la capitale des Lumières, une torche a été allumée par Méphisto le Client sur le dossier des Tirailleurs, embrasant le débat patriotique pour mieux dissimuler le protocole républicain. Méphisto le Client, depuis sa tanière, dégaina une diatribe enflammée contre la République des Lumières éteintes et les tirailleurs. Il dénonça la “chair à canon”, les pensions humiliantes, l’ingratitude historique, et jeta une ombre de colère sur la visite de Buurba Djolof.

Le message était clair : pendant que l’un serrait des mains officielles, l’autre réveillait les blessures coloniales pour mieux lui voler l’attention. Le timing, comme toujours, n’avait rien d’un hasard. À Djolof Land, le sabotage se fait à la seconde près. Personne ne souvient plus des résultats de la rencontre entre Buurba Djolof et le Fils aîné de Brigitte.

Puis vint la grande kermesse annuelle de la fête des Nations Unies, où il prononça un discours qu’on aurait voulu entendre résonner plus longtemps. Et ce jour-là, pendant que Buurba Djolof tentait de hisser le drapeau national au sommet du monde, un parfum de scandale financier fut soudainement diffusé au pays, embaumant l’espace public d’une odeur de comptes truqués et de dettes cachées.

Le résultat ne se fit pas attendre : la kermesse diplomatique fut noyée dans le tumulte local. Le discours de Buurba Djolof, pensé pour réconcilier le royaume avec le concert des nations, fut relégué au second plan, balayé par les révélations souterraines savamment orchestrées par Méphisto le Client. Dans les rédactions, dans les salons, dans les taxis et les tanganas, on ne parlait plus de vision internationale, mais de milliards disparus, de dettes camouflées, de comptes que personne ne comprend mais que tout le monde commente.

Ainsi, en une seule manœuvre, Méphisto le Client déchira le drapeau flottant au sommet du monde pour le ramener dans la boue du soupçon. Le roi parlait aux nations, mais le peuple ne commentait que les déclarations de Méphisto le Client

Ensuite le pèlerinage de Buurba Djolof aux terres inondées du Nord, où le roi foulait la boue aux côtés des laissés-pour-compte. À ce moment précis, dans la grande Arène de la Capitale, un autre lança ses incantations devant une foule chauffée à blanc. Et les projecteurs basculèrent d’un territoire trempé à un théâtre sec. C’est précisément ce jour-là que Méphisto le Client choisit, comme par enchantement, pour faire une révélation capitale à ses moutons pestiférés : il n’a jamais été malade.

Oui, ce jour-là, Méphisto le Client confessa en direct que ses comas, ses syncopes et ses vertiges n’étaient que de pures mises en scène. Une stratégie. Une tactique. Une dramaturgie politique de haut vol. On se souvient pourtant…des sanglots de la Grande Matrone, la Mutante des Mutants, la prouesse moléculaire du champ politique Djolof Djolof, qui aux Larmes faciles, prédisait l’agonie de Méphisto le Client. On s’en rappelle comme si c’était tout à l’heure ! Rien que ça !

Il y a eu aussi le voyage chez Don Quichotte, organisé sous cape mais diplomatiquement prometteur. C’est à ce moment qu’un nouveau live surgit comme une embuscade, attaquant de front les juges et leurs robes. Mais Méphisto, lui, ne rate jamais une occasion de souffler plus fort que l’agenda républicain. Ce fut son dernier live en date. Et quel live. Il s’en prit frontalement aux juges, à la magistrature tout entière, les accusant tour à tour d’incompétence, de forfaiture, de soumission.

Pas un mot sur le voyage de Buurba, bien sûr. L’objectif n’était pas de construire, mais de couvrir. Le vacarme avait, encore une fois, rempli l’espace sonore, reléguant le déplacement de Buurba Djolof au rang d’actualité secondaire. Le roi tissait des liens diplomatiques dans le silence, pendant que Méphisto le Client tapissait les réseaux de sa colère. Une stratégie du vacarme systématique. Un art de l’effacement sonore.

Et le 7 juillet, alors que le roi vient d’accomplir sa grande traversée de l’Atlantique, sur invitation de Big D, le patron autoproclamé du Monde occidental, la justice de Djolof Land, comme réveillée par miracle, se met à flairer une nouvelle proie : sur ordre de Méphisto le Client, les chiens ont été lâchés contre un autre gêneur, un second rôle mal placé, mais au bon moment. Ce fut son Momentum, son kairos !

Alors, les échos de la visite de Buurba Djolof, pourtant historique par son symbole, sont devenus presque anecdotiques. Et pourtant, dans un geste de haute diplomatie créative, Buurba Djolof a soufflé à Big D l’idée qu’il mériterait peut-être un Prix en or massif pour sa contribution à la paix mondiale (en oubliant dans ses citations la Palestine et l’Iran). Également, toujours très élogieux envers Big D, et pour joindre le geste à la parole, Buurba Djolof lui aurait même proposé un terrain royal pour planter un parcours de golf aux herbes locales, histoire de sceller l’amitié par le swing.

Et à Djolof Land, à peine un souffle dans le tumulte ambiant. Ici, l’Indice du Grand Bruit Médiatique ne s’est mesuré plus aux actes d’État ni aux rencontres diplomatiques, mais à l’aune des arrestations spectaculaires, des convocations ciblées, et des polémiques savamment orchestrées.

Hier, c’est l’embastillement du Chroniqueur Intrépide qui déchaînait les commentaires, saturait les ondes, et avalait les colonnes des quotidiens. La République parle à Washington, mais Djolof Land respire l’haleine de Méphisto le Client.

Hasard ? Chronologie fortuite ? Ou bien stratégie du contre-temps, art subtil d’imposer sa présence en effaçant doucement celle de l’autre ? Il y a des calendriers qui parlent trop. Des superpositions trop régulières pour être innocentes.

Méphisto le Client veut régner seul sur la scène. Buurba Djolof, lui, est réduit au rôle de figurant qui signe, voyage et se tait. Il était le totem, il devient le trophée.

Effacer Buurba Djolof, tel semble être le grand œuvre. Après avoir effacé les ennemis, les gêneurs, les penseurs, les témoins, il faut maintenant effacer le roi.

En effet, quand Méphisto le Client proclamait du haut de l’Assemblée qu’il allait effacer, beaucoup crurent qu’il ne visait que l’opposition. Ils avaient tort. Buurba Djolof aussi était dans la ligne de mire. Car pour régner seul sur les ruines, il faut d’abord effacer jusqu’à l’ombre du trône.

Le Veilleur Ironique (« Qu’il prenne garde, Méphisto le Client : on n’efface pas un roi sans son propre consentement. Le silence, parfois, signe sa propre disparition. »)

Mamadou KANE Makkane

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