L’accord de « fusion-absorption » signé le 5 juin 2026 entre la direction du Grand Parti et le parti au pouvoir (Pastef) provoque une levée de boucliers de la base. Un collectif de cadres et de militants dénonce une décision « opportuniste » et « statutairement invalide » orchestrée depuis le sommet.
L’ambiance est à la rébellion au sein du Grand Parti (GP). Moins d’une semaine après la signature, le 5 juin dernier, d’un accord scellant la « fusion-absorption » de la formation de Malick Gakou par le Pastef – le parti présidentiel d’Ousmane Sonko et de Bassirou Diomaye Faye –, la base militante a décidé d’entrer en résistance.Dans une déclaration de presse incisive datée ce vendredi 12 juin 2026 à Dakar, le « Collectif des Militants, Cadres et Responsables pour la Défense du Grand Parti », soutenu notamment par la Convention nationale des cadres et la puissante fédération régionale de Thiès, a rejeté « avec la plus grande fermeté » cette opération. Pour ces frondeurs, le mot d’ordre est clair : le Grand Parti refuse de disparaître du paysage politique sénégalais.« Un parti politique n’est pas une propriété privée ni un objet de négociation entre dirigeants. C’est une organisation collective appartenant à ses militants. »Un « accord d’appareils » contesté sur la formeLe premier angle d’attaque du Collectif est purement juridique et statutaire. Les frondeurs dénoncent un déni de démocratie interne et pointent du doigt une absence totale de consultation régulière des instances souveraines du parti. Selon les informations contenues dans leur manifeste, la direction se serait contentée de « simples consultations individuelles téléphoniques » pour avaliser un tournant historique qui engage pourtant la survie administrative et juridique de l’organisation.Sur le plan légal, le Collectif rappelle que la dissolution ou la fusion d’une formation politique enracinée répond à des procédures strictes qui ne sauraient être balayées par des négociations de coulisses. Ils annoncent ainsi leur intention de mener la bataille sur le terrain du droit, affirmant qu’ils s’opposeront « par tous les moyens légaux » à toute tentative d’effacement de l’identité du parti ou de transfert de sa représentation légale sans un mandat démocratique clair et explicite.Contre le « parti-État » et le pluralisme menacéAu-delà de la querelle de procédure, la charge est profondément politique. En choisissant de s’aligner derrière le Pastef, la direction actuelle du Grand Parti fait face à des accusations de capitulation et d’opportunisme individuel.Le Collectif dresse un tableau critique des dérives qui guettent, selon lui, la vie politique sénégalaise actuelle :La confusion grandissante entre le parti au pouvoir et l’appareil d’État.La « canonisation » de dirigeants politiques placés au-dessus de tout contrôle.L’émergence d’une culture politique qui étouffe le débat interne au profit d’injonctions verticales, imposées d’en haut.Dans un pays confronté à des défis socio-économiques majeurs, les frondeurs estiment que le salut du Sénégal réside dans le maintien d’un pluralisme démocratique fort, et non dans l’hégémonie programmée d’une seule force politique absorbant ses anciens alliés.Vers un front commun de refus ?Bien décidés à maintenir le Grand Parti « debout, autonome et intact », les cadres du collectif ne comptent pas mener ce combat de manière isolée. Ils lancent un appel à la mobilisation générale à l’attention de leurs camarades sur l’ensemble du territoire, mais ouvrent également la porte aux déçus d’autres formations politiques, transversales à la majorité et à l’opposition, qui traverseraient des crises identitaires similaires.L’objectif affiché est la création d’un « front commun » pour la sauvegarde de la démocratie interne au sein des partis sénégalais. Reste à savoir si cette fronde interne parviendra à bloquer juridiquement la fusion ou si elle actera une scission définitive entre une élite en quête de recomposition politique auprès du pouvoir et une base attachée à son indépendance historique.

























