XALIMANEWS: Au Sénégal, la Déclaration de politique générale ne se résume pas à la présentation d’un programme gouvernemental. Elle constitue aussi un moment politique fort, où chaque Premier ministre imprime sa personnalité, son langage et sa vision de l’action publique.
Depuis la première alternance de 2000, plusieurs chefs de gouvernement se sont succédé à la tribune de l’Assemblée nationale, avec des discours qui ont parfois marqué durablement les esprits.
En juin 2000, Moustapha Niasse inaugure cette nouvelle ère sous Abdoulaye Wade. Dans le contexte de l’alternance, son discours est largement consacré au bilan du régime socialiste et aux engagements du nouveau pouvoir : audits, transparence, lutte contre la corruption, relance économique, emploi, santé, éducation et paix en Casamance.
Un an plus tard, Mame Madior Boye, première femme à occuper la Primature, adopte un ton beaucoup plus institutionnel. La justice, l’État de droit, la modernisation de l’administration et la réduction des inégalités occupent une place centrale dans sa vision.
Avec Idrissa Seck, la DPG prend une dimension plus politique et oratoire. En 2003, il défend une philosophie fondée sur le travail, l’autonomie et la lutte contre les pratiques frauduleuses. Sa formule opposant le travail, l’aide et le vol restera particulièrement célèbre.
Macky Sall, nommé Premier ministre en 2004, privilégie quant à lui un discours davantage axé sur l’efficacité et la réalisation des grands projets. Il entend mettre fin à la domination des discours au profit de l’action concrète.
Après l’arrivée de Macky Sall à la présidence en 2012, Abdoul Mbaye présente les premières orientations du nouveau pouvoir autour du Yoonu Yokkute. Bonne gouvernance, réduction du train de vie de l’État, lutte contre la corruption, protection sociale et amélioration du quotidien des Sénégalais constituent les principaux axes de son intervention.
Aminata Touré, qui lui succède, place son passage à la Primature sous le signe de l’« accélération de la cadence ». Elle insiste sur les urgences sociales, la croissance économique, l’énergie, l’agriculture et la lutte contre la corruption.
Enfin, Ousmane Sonko connaît une trajectoire beaucoup plus mouvementée. Sa DPG, initialement prévue en 2024, est retardée par une bataille institutionnelle autour du règlement intérieur de l’Assemblée nationale. Après la dissolution du Parlement et les élections législatives anticipées remportées largement par Pastef, il finit par présenter son programme en décembre 2024.
Son discours s’inscrit dans la logique du « Jub, Jubal, Jubanti », avec comme priorités la bonne gouvernance, les audits, le renforcement des organes de contrôle et la réforme de la justice.
D’une alternance à l’autre, la DPG apparaît ainsi comme un miroir de son époque. Elle traduit les urgences du moment, mais surtout la manière dont chaque Premier ministre entend incarner l’action gouvernementale : rupture, technocratie, efficacité, protection sociale ou transformation de l’État.
La prochaine DPG, attendue d’Ahmadou Al Aminou Lo, ajoutera un nouveau chapitre à cette histoire politique désormais vieille de plus de deux décennies.
PIDvito


























