XALIMANEWS – Nouveau rebondissement dans le dossier Starlink au Sénégal. La Cour suprême a ordonné la suspension provisoire de la licence accordée à Starlink Sénégal SUARL, à la suite d’un recours introduit par la Sonatel. L’opérateur historique conteste les conditions dans lesquelles l’entreprise de services internet par satellite a été autorisée à exercer au Sénégal.
Au cœur du contentieux figure l’arrêté ministériel n°038974 du 6 novembre 2025, par lequel le ministère chargé de la Communication, des Télécommunications et du Numérique avait autorisé Starlink Sénégal SUARL à exploiter, pour une durée de cinq ans, un service d’accès à internet fixe par satellite.
La Sonatel, titulaire d’une licence individuelle de premier rang, estime que cette autorisation, accordée dans ces conditions, est susceptible de porter atteinte à ses intérêts économiques, aux règles de concurrence et à ses droits de défense.
Dans sa requête, l’opérateur sénégalais a notamment mis en avant les importantes redevances et différents droits acquittés au titre de son statut, mais également les obligations qui lui sont imposées en matière de couverture du territoire, de service universel, de continuité et de qualité des services.
DEPECHES
Un dossier qui dépasse la simple question de la connexion
L’arrivée de Starlink au Sénégal avait été présentée par les autorités comme un outil supplémentaire pour accélérer la couverture numérique du pays, notamment dans les zones où les infrastructures terrestres restent limitées.
Le projet s’inscrivait dans le cadre du New Deal Technologique, stratégie nationale lancée en février 2025 pour accélérer la transformation numérique du Sénégal.
Le gouvernement avait notamment négocié l’acquisition de 5 000 kits Starlink à un tarif préférentiel, destinés entre autres aux zones blanches, aux réseaux wifi communautaires, aux établissements scolaires et aux collectivités territoriales.
L’exécutif avait également annoncé l’ambition de connecter gratuitement un million de Sénégalais au cours du premier semestre 2026.
Mais derrière la promesse d’une meilleure couverture internet, plusieurs spécialistes avaient rapidement soulevé des interrogations relatives à la souveraineté numérique, à la gouvernance, à la fiscalité, au transfert de compétences et à la dépendance technologique.
Souveraineté numérique : les inquiétudes des experts
Pour Malick Fall, expert sénégalais et fondateur de Polaris Secure Technologies, le débat autour de Starlink ne doit pas être réduit à la seule question de la fracture numérique.
Selon lui, l’enjeu porte également sur la place des grandes entreprises technologiques privées dans la gestion d’infrastructures devenues stratégiques.
Les infrastructures numériques, estime-t-il, sont désormais comparables aux réseaux d’énergie ou de transport. Elles peuvent conditionner l’accès à l’information, le fonctionnement des services publics, l’activité économique et, dans certaines situations, la sécurité nationale.
Le spécialiste appelle ainsi à une vigilance particulière concernant la capacité d’une entreprise étrangère à respecter durablement les cadres juridiques du pays hôte et à se soumettre à des mécanismes efficaces de contrôle, de transparence et d’audit.
Une technologie puissante, mais à encadrer
De son côté, l’expert et essayiste Mandiaye Diallo reconnaît les avantages potentiels de Starlink, particulièrement dans les zones rurales et reculées où l’accès à Internet demeure faible, voire inexistant.
Dans ces territoires, l’internet satellitaire pourrait contribuer à réduire ce qu’il qualifie d’« apartheid numérique ».
Mais l’essayiste met également en garde contre une dépendance excessive à une infrastructure entièrement extérieure au territoire national.
Satellites, équipements, maintenance et support reposent essentiellement sur une infrastructure étrangère, avec, selon lui, peu de possibilités de transfert de technologie ou de développement de compétences stratégiques locales.
Il s’interroge également sur l’impact de Starlink en matière de création d’emplois et de contribution fiscale au Sénégal.
Pour Mandiaye Diallo, il ne s’agit donc pas de rejeter cette technologie, mais de l’intégrer dans une stratégie nationale maîtrisée.
Starlink pourrait ainsi être un complément utile à l’offre existante, mais ne devrait pas, selon cette analyse, devenir la colonne vertébrale numérique du Sénégal.
Le bras de fer est désormais judiciaire
Avec la décision de la Cour suprême, le dossier Starlink prend désormais une nouvelle dimension. L’enjeu dépasse la seule autorisation d’un opérateur satellitaire : il pose la question de l’équilibre entre ouverture du marché, concurrence, souveraineté numérique et obligations imposées aux opérateurs nationaux.
La suspension provisoire de la licence ouvre ainsi une nouvelle étape dans un dossier qui pourrait avoir des conséquences importantes sur la politique numérique du Sénégal et sur les conditions d’arrivée de nouveaux acteurs technologiques sur le marché national.


























