Épidémie de FVR : 258 cas humains, 21 décès, une riposte multisectorielle en cours

diatiger
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Le Sénégal fait face depuis plusieurs semaines à une épidémie de fièvre de la Vallée du Rift (FVR) dont la progression rapide a mobilisé l’ensemble de l’appareil d’État. À la date du 19 octobre 2025, 258 cas ont été confirmés sur le territoire national, avec 21 décès recensés, principalement dans les zones rurales du nord du pays. Face à la presse, le 20 octobre à Dakar, le ministre de la Santé, Dr Ibrahima Sy, a détaillé les mesures de riposte mises en œuvre, saluant une mobilisation multisectorielle qui a permis, selon lui, de « ralentir la progression de l’épidémie ».

Une maladie à transmission non interhumaine

La fièvre de la Vallée du Rift est une zoonose virale, transmise à l’humain soit par la piqûre de moustiques infectés, soit par le contact avec du bétail contaminé ou leurs produits. Elle touche en premier lieu les animaux — ovins, caprins, bovins — avant de se transmettre à l’homme. Ce caractère transfrontalier entre santé animale et humaine en fait un enjeu de santé publique global, qui exige, selon le ministre, « une réponse coordonnée et collective ».

Un dispositif d’urgence déclenché par les plus hautes autorités

Dès la détection des deux premiers cas à Saint-Louis, le 21 septembre 2025, suivis rapidement d’un décès, le Président Bassirou Diomaye Faye a ordonné le déploiement immédiat de tous les dispositifs de prévention et de prise en charge épidémique. Le 1er octobre, lors du Conseil des ministres, il a exigé une intensification des campagnes de sensibilisation et la mobilisation de toutes les ressources disponibles.

Le Premier ministre, Ousmane Sonko, a présidé dès le 3 octobre une réunion interministérielle pour lancer officiellement le plan d’action, avec un accent particulier sur la santé humaine, la surveillance vétérinaire, l’investissement dans les infrastructures médicales et la recherche scientifique.

Une riposte multisectorielle, des moyens renforcés

Les autorités ont opté pour une stratégie multisectorielle articulée autour de cinq axes : prévention, prise en charge médicale, lutte antivectorielle, communication de proximité et surveillance.

Parmi les mesures immédiates :

  • Activation des comités de gestion des épidémies à tous les niveaux ;
  • Dotation d’équipements médicaux pour Saint-Louis et Richard-Toll (près de 140 millions FCFA investis) ;
  • Déploiement de laboratoires mobiles de l’Institut Pasteur de Dakar dans les régions touchées ;
  • Surveillance active des foyers animaux et vaccination de 14 000 têtes de bétail.

Dans les zones à forte incidence, notamment dans le nord (Saint-Louis, Louga, Matam), des drones ont été mobilisés pour traiter les gîtes larvaires et marres stagnantes. L’usage d’acaricides, la distribution de pièges (50 000 unités) et de moustiquaires imprégnées complètent l’arsenal de lutte.

Des chiffres qui interrogent : 258 cas humains, 160 cas animaux

Au 19 octobre, le ministère de la Santé a comptabilisé 1 657 tests réalisés, dont 258 cas positifs. La majorité des cas (64 %) concerne des hommes, et 75 % des infections ont été détectées en milieu rural. Quatre personnes sont actuellement hospitalisées, tandis que 206 ont été déclarées guéries. Le taux de létalité s’élève à plus de 8 %, un chiffre préoccupant dans un contexte de forte mobilité rurale.

Côté santé animale, 160 cas positifs ont été recensés, majoritairement chez les ovins (59 %). Les régions les plus affectées sont Saint-Louis (100 cas), Louga (51), Matam, mais aussi Dakar, Fatick, Thiès et Tambacounda. 653 avortements animaux ont été notifiés, ce qui souligne l’ampleur de l’impact économique de la maladie.

Appel à la vigilance et à l’engagement communautaire

La communication de crise a été renforcée par la diffusion de messages en langues locales via les radios communautaires, les marchés et les relais locaux. Dr Ibrahima Sy appelle à la vigilance : « Il ne faut pas baisser la garde. La maladie n’est pas transmissible entre humains, mais son vecteur – le moustique – est omniprésent. »

Le ministre recommande d’éviter tout contact avec des animaux malades, de signaler les cas suspects, d’assainir les milieux de vie et de renoncer à l’automédication, notamment aux anti-inflammatoires qui pourraient aggraver la maladie.

Une épidémie sous surveillance, mais loin d’être éradiquée

Avec 12 départements et 7 régions touchées, la fièvre de la Vallée du Rift s’impose comme l’un des défis sanitaires majeurs de l’année 2025 au Sénégal. Si les efforts de riposte semblent porter leurs fruits, les autorités sanitaires préviennent que le combat est loin d’être terminé.

La priorité reste à la vigilance, à la coordination intersectorielle et à la coopération avec les éleveurs et les populations locales, sans quoi la FVR pourrait continuer de sévir silencieusement, dans les zones les plus vulnérables du pays.

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