Les prochains jours promettent d’être décisifs. Mais avant que ne s’éclaircisse la ligne politique du camp présidentiel, un constat s’impose : la politique sénégalaise n’a rien d’un récit apaisé. Les développements relayés ce matin par la presse ont agi comme un rappel brutal pour une partie des militants, ramenés à la réalité des rapports de force internes.
Face aux cadres de son parti, le Président a d’abord voulu couper court aux rumeurs d’un refroidissement avec Ousmane Sonko. Il réaffirme sa loyauté, martelant un message devenu leitmotiv : « Diomaye moy Sonko, Sonko moy Diomaye ». Une formule presque liturgique, destinée à rassurer une base inquiète à l’idée d’un éloignement discret entre les deux têtes de l’exécutif.
Mais cette proclamation d’unité est rapidement suivie d’un geste plus controversé : la nomination d’Aminata « Mimi » Touré chargée de restructurer la coalition « Diomaye Président ». Une décision dont le chef de l’État assume être l’unique initiateur, convaincu — selon la presse — par l’expérience et l’engagement passés de l’ancienne Première ministre.
Or, Mimi Touré reste une figure clivante. Ses adversaires sont nombreux, ses divergences politiques récentes encore vives, et un rapport de l’IGE continue d’alimenter les débats. Le Président, lui, dit douter de la sincérité de ce document, qu’il soupçonne d’être une commande de l’ancien chef de l’État. « Mais on verra », ajoute-t-il. Une phrase brève, mais lourde de sous-entendus.
À cette zone de turbulence s’ajoute l’affaire Abdourahmane Diouf, visé par des soupçons de surfacturation. Là encore, le chef de l’État confirme que les vérifications se poursuivent. Les conclusions ne sont donc pas imminentes, laissant planer un flou politique supplémentaire.
Ce climat nourrit ce que certains décrivent déjà comme un « brouillard stratégique ». D’un côté, Mimi Touré enchaîne les ralliements, donnant l’image d’une coalition en expansion dynamique. De l’autre, un communiqué tranchant du Pastef, daté du 11 novembre, marque un point d’arrêt : le parti affirme ne reconnaître aucune initiative coordonnée par Mimi Touré, avec qui il dit ne partager « ni les mêmes valeurs ni les mêmes principes ». Le Pastef poursuit sa propre trajectoire, entre projet de fusion et renforcement de la coalition APTE sous la conduite d’Aïssatou Mbodj.
Voilà tout le cœur du problème : la cohabitation, au sein du même camp, de dynamiques concurrentes. D’une part, le Pastef et sa culture militante revendiquée ; de l’autre, une coalition présidentielle en quête d’élargissement ; entre les deux, des responsables aux parcours politiques variés, porteurs d’histoires et de loyautés différentes.
C’est le défi d’un pouvoir jeune, issu d’une mobilisation populaire sans précédent, et désormais confronté à l’épreuve de la gestion des sensibilités multiples. Une équation complexe, dont l’équilibre conditionnera la solidité de la majorité dans les mois à venir.




























