La chambre criminelle de Dakar a examiné, vendredi, une affaire de menaces terroristes datant de 2015, dans laquelle comparaissait le guide religieux Cheikh Alassane Sène, poursuivi pour association de malfaiteurs, menace de mort et actes de terrorisme par intimidation. Le second accusé, Salif Hamady Ba, également poursuivi, était jugé par contumace.
Arrêtés la même année et détenus treize mois avant d’obtenir une liberté provisoire, les deux hommes sont accusés d’être liés à l’envoi d’un SMS menaçant adressé au ministre de l’Intérieur et à la Directrice de la police nationale, évoquant la présence supposée de membres d’Al-Qaïda à Dakar.
Un message menaçant envoyé début 2015
Selon l’acte d’accusation, les faits remontent au 15 janvier 2015. Entre 20 h 45 et 21 h 56, un même téléphone envoie un message menaçant aux autorités sénégalaises :
« Salam les ennemis de l’Islam… vous nous poussez à agir au Sénégal au nom de l’Islam… on est 19 membres d’Al-Qaïda déjà à Dakar… La menace vous concerne ainsi que vos enfants, toi et ton président. »
L’enquête de la Division des Investigations Criminelles retrace le parcours de l’appareil utilisé. Grâce à l’IMEI et aux réquisitions des opérateurs, les enquêteurs identifient un téléphone ensuite retrouvé chez Diary Dia, une vendeuse de poisson à Malika, qui affirme initialement l’avoir reçu de son cousin Salif Hamady Ba.
Après s’être rétractée, elle finit par confirmer sa première version, soutenue par un témoin, la dame de ménage de Hamady Ba. Une perquisition au domicile de celui-ci conduit à la découverte d’une carte SIM ayant servi à l’envoi du message incriminé.
Accusations croisées entre Salif Hamady Ba et Cheikh Alassane Sène
Face aux enquêteurs, Salif Hamady Ba finit par reconnaître avoir offert le téléphone à Diary Dia, tout en affirmant l’avoir reçu du guide religieux Cheikh Alassane Sène.
Il explique que ce dernier était en conflit avec les autorités et reprochait au chef de l’État de l’époque d’avoir participé à la marche internationale organisée après l’attentat contre Charlie Hebdo.
Il soutient aussi que Cheikh Alassane lui aurait remis l’appareil après l’envoi du SMS, via son chauffeur et chambellan, Malick Sow, et affirme ne pas connaître le contenu du message, disant être illettré en français.
La défense du guide religieux
À la barre, Cheikh Alassane Sène nie catégoriquement tout lien avec les SMS ou la remise du téléphone. Il admet avoir rencontré Hamady Ba, mais conteste avoir mis les pieds chez lui depuis 2011.
L’exploitation de ses trois lignes téléphoniques durant la soirée du 15 janvier 2015 n’a pas permis de le localiser dans la zone d’émission du SMS. Au contraire, les communications rattachées à ses numéros ont été géolocalisées au CICES à l’heure des faits.
À l’inverse, les communications de Hamady Ba sont localisées exactement sur les mêmes antennes que celles ayant relayé le message.
Le guide religieux dénonce un « piège » et affirme être victime d’une machination, accusant implicitement l’ancien pouvoir :
« On a voulu me faire taire parce que j’étais virulent… ».
Le ministère public doute de l’implication de Cheikh Alassane Sène
À l’audience, le parquet a exprimé des réserves sur la responsabilité de Cheikh Alassane Sène. Estimant que les éléments techniques ne l’impliquent pas, il a requis l’acquittement pur et simple du guide religieux.
S’agissant d’Hamady Ba, le ministère public a demandé une requalification des faits de menace de mort en menace simple, mais a maintenu la qualification d’acte terroriste par menace et requis dix ans de réclusion criminelle contre lui, jugé par contumace.
Un verdict attendu
À l’issue des débats, la chambre criminelle a mis l’affaire en délibéré. Le verdict déterminera si les éléments rassemblés suffisent à établir les responsabilités dans cette affaire vieille de dix ans, entre contradictions, localisations téléphoniques précises et accusations croisées





























