La répartition du Fonds d’appui au développement de la presse (FADP) suscite une vive controverse, à la lumière d’une analyse détaillée des allocations budgétaires. Au cœur des critiques, un déséquilibre jugé manifeste au profit des structures publiques, doublé d’irrégularités dans la gestion des ressources.
Selon les données disponibles, les médias de service public et les institutions de gouvernance concentrent à eux seuls 801,24 millions de francs CFA, soit 42,2 % du budget global. Une part significative qui interroge d’autant plus que ces entités bénéficient déjà, pour certaines, de subventions directes de l’État. Dans le détail, l’Agence de presse sénégalaise perçoit 182 millions de francs CFA, le quotidien national Le Soleil 175 millions, et la Radiodiffusion télévision sénégalaise près de 168 millions.
À cette concentration des ressources s’ajoute une pratique dénoncée comme irrégulière. Une somme de 39,6 millions de francs CFA aurait été prélevée sur les dotations destinées à plusieurs organismes, notamment le Conseil pour l’observation des règles d’éthique et de déontologie dans les médias (CORED), la Commission de la carte nationale de presse (CCNP) et l’APS, pour être réaffectée à la Maison de la presse. Or, cette dernière ne figure pas dans les textes réglementaires encadrant le fonds, et aucun lien contractuel ne justifie un tel transfert. Cette opération alimente les soupçons d’une gestion en marge des règles établies.
Les institutions de gouvernance ne sont pas en reste dans la distribution. Le Centre d’études des sciences et techniques de l’information (CESTI) reçoit 125,75 millions de francs CFA, suivi du CORED avec près de 49 millions et de la CCNP avec plus de 33 millions. L’administration du FADP elle-même mobilise 28,2 millions pour son fonctionnement.
Face à ce bloc largement doté, la presse privée apparaît en position de fragilité. Elle ne perçoit que 686,55 millions de francs CFA, soit 36,1 % du budget total, répartis entre 38 entreprises. Un chiffre d’autant plus préoccupant que 112 dossiers avaient été déposés, laissant une majorité d’acteurs sans soutien financier. En comparaison, les médias publics et les structures de gouvernance bénéficient d’une enveloppe supérieure de 16,7 % à celle attribuée à l’ensemble du secteur privé.
La situation est aggravée par le blocage du fonds depuis un an, qui prive de nombreux organes de presse de ressources vitales. Dans un contexte où les contrats et conventions avec l’État se raréfient, plusieurs entreprises privées se retrouvent dans une situation économique précaire, voire critique.
Les radios communautaires, au nombre de 127, se voient attribuer 412,2 millions de francs CFA, soit 21,7 % du budget. Si cette enveloppe témoigne d’un effort de soutien à la presse de proximité, elle ne suffit pas à atténuer le sentiment global d’injustice exprimé par les acteurs du secteur privé.
Au total, la cartographie des financements met en évidence un système où quelques entités publiques concentrent une part substantielle des ressources, tandis que la majorité des entreprises de presse doit composer avec des allocations limitées et incertaines. Au-delà des chiffres, c’est la question de l’équité, de la transparence et du respect des règles qui est désormais posée, dans un secteur essentiel à la vitalité démocratique.
Médias publics et gouvernance : une domination budgétaire qui interroge

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