Ce que les esclavagistes, les colons et les magistrats ont en commun : l’impunité de leurs crimes.

Xalima
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Les esclavagistes qui ont volé la liberté de millions d’hommes en les enchaînant dans les liens de la servitude pour satisfaire leurs besoins économiques, les colons qui ont conquis des pays à coups de canon pour soumettre leurs peuples à des régimes de travail forcé au profit de leur propre développement et les magistrats qui enferment les sénégalais ont en commun qu’ils commettent volontairement leurs crimes sans être poursuivis, même lorsqu’il apparaît ensuite que ceux qui les commettent ne pouvaient ignorer la nature de leurs actes et le fait que cela contrevient à tous les principes de liberté. Les victimes et leurs descendants, au fur et à mesure qu’ils réalisent la monstruosité de leurs actes, ressentent un sentiment de révolte si dense qu’ils estiment que justice ne sera servie que lorsque ces actes seront officiellement condamnés, leurs auteurs et leurs descendants repentis, qu’ils demandent pardon pour ces actes et qu’ils compensent les victimes de leurs crimes.

Les africains qui ont vécu l’esclavage et la colonisation, de ce point de vue devraient être ceux qui comprennent le mieux ce que c’est d’être privé de liberté injustement. Malheureusement, c’est en Afrique que les injustices sont encore plus courantes en matière de privation de liberté. Au Sénégal, pays qui se targue d’être un exemple en Afrique, les magistrats emprisonnent et entassent les prisons comme un bateau de négriers, insensibles, indifférents, drapés sous la toute puissance de leur fonction de juger.

La circulaire du ministre Moussa Sarr visant à mettre un arrêt définitif à ce régime de forçats n’est ni la première, ni la seconde et ne sera pas la dernière, parce que les magistrats continueront de plus belle. Le rappel des dispositions de loi ne suffira pas puisque les magistrats connaissent la loi sur le bout des doigts. Il ne la violent donc par par ignorance, mais par défiance et pour des raisons qui bordent les affaires d’Etat. Lorsque la circulaire du ministre rappelle que les dettes ne sont pas des délits ou crimes qui mènent à la prison, les magistrats et officiers de police judiciaire le savent aussi pertinemment. Alors pourquoi il y a des milliers de sénégalais qui, chaque année sont jetés en prison, est la vraie question. Pourquoi toute une chaîne d’officiers de police judiciaire, de procureurs et magistrats collaborent si efficacement pour le faire? Si un homme peut répondre à la question de savoir pourquoi des chasseurs d’esclaves, des navigants de bateaux d’esclaves, des planteurs esclavagistes pouvaient le faire, alors il peut répondre à la question précédente. Les affaires sont les affaires.

Le dire ouvertement au 16ème siècle pourrait vous exposer à la rage des planteurs et industriels de l’escalavage et peut être la condamnation au bagne à la cordée, pendu haut et court. Le dire au 19eme siècle sous le régime des colons pouvait vous exposer au bagne et à l’exil par l’administration coloniale.

Le dire aujourd’hui peut aussi vous valoir d’aller à l’écurie coloniale de Rebeuss où sont maintenus comme des esclaves des milliers de jeunes sénégalais, entassés comme des sardines dans des geôles.  Certaines choses n’ont pas changé.

Les intouchables sont sensibles à l’image et la perception de leurs actes. Pas Touches.

Ceux qui écrivent la loi et ceux qui administrent sont ceux qui y croient le moins. Ceux qui créaient les masques pour que des hommes s’en servent comme des divinités ne croyaient pas eux-mêmes au pouvoir des masques, excepté leur propre pouvoir de faire croire que le masque avait des pouvoirs qu’ils avaient insufflés en les créant.

Les hommes qui pensent qu’ils sont intouchables ne changent pas, tant et aussi longtemps que la sanction ne tombera pas sur eux-mêmes pour mettre fin à leur aura de demi dieux qui confèrent la liberté et la donnent selon leur bon vouloir. La circulaire du ministre Moussa Sarr sera tot ou tard ignorée, si le code pénal et le code de procédure pénale ne sont pas modifiés. Les juges ne respectent pas les circulaires et savent que les ministres viennent et passent. Eux sont une corporation, une seule dont tous les membres sont solidaires comme un seul roc. C’est ce roc qu’il faudra un jour briser.

Amadou Gueye

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