LETTRE OUVERTE À MONSIEUR MOUHAMADOU MAKTAR CISSÉ, MINISTRE DE L’INTÉRIEUR.

Xalima
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Xalima
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Monsieur le Ministre,

Je voudrais, par cette lettre ouverte, saluer votre récente dénonciation des discours xénophobes et des attitudes d’exclusion visant les étrangers vivant au Sénégal. Cette prise de position mérite d’être saluée, parce qu’elle rappelle une exigence fondamentale : la cohésion nationale et la paix civile ne peuvent être sacrifiées sur l’autel des calculs politiques.

Mais le phénomène mérite aujourd’hui une vigilance beaucoup plus grande.

Une nouvelle génération d’acteurs politiques semble vouloir construire son capital politique sur la désignation de l’Autre, le tribalisme, la stigmatisation communautaire et, de plus en plus ouvertement, la xénophobie.

Cette évolution dépasse le simple cadre de la polémique politique. Elle constitue un risque pour notre pacte républicain, notre vivre-ensemble et, au-delà de nos frontières, pour la stabilité de l’espace ouest-africain.

Le Sénégal est au cœur d’un espace marqué par une forte mobilité des populations, des liens familiaux transfrontaliers, des échanges économiques et une histoire commune. Dans une sous-région déjà fragilisée par les crises sécuritaires, les tensions communautaires et les recompositions géopolitiques, la banalisation de la haine identitaire peut devenir une véritable vulnérabilité stratégique.

C’est pourquoi l’État doit agir avec anticipation.

Une réponse républicaine, ferme et préventive

Monsieur le Ministre, il me paraît nécessaire que cette réponse repose notamment sur :

– la documentation et la surveillance des discours susceptibles d’alimenter la haine communautaire, le tribalisme ou la xénophobie ;

– l’application impartiale de la loi, chaque fois que les limites légales sont franchies ;

– le renforcement de l’éducation civique et républicaine, particulièrement auprès de la jeunesse et dans les espaces numériques ;

– la responsabilisation des acteurs politiques, notamment à travers une réflexion sur une charte de responsabilité dans le discours public ;

– la prévention des conflits communautaires, avant qu’ils ne se transforment en crises sociales ou sécuritaires ;

– et la mobilisation des autorités religieuses et coutumières, des médias, des universitaires et de la société civile dans la prévention des discours de haine.

Cette démarche ne doit évidemment pas être comprise comme une volonté de restreindre la liberté d’expression ou le débat politique. Elle doit au contraire permettre de protéger l’espace démocratique contre ceux qui voudraient transformer la compétition politique en confrontation identitaire.

Car l’État ne peut être neutre entre la démocratie et les logiques de fragmentation de la communauté nationale.

Le Sénégal doit demeurer une puissance de stabilité

Notre pays a toujours bénéficié d’un capital diplomatique fondé sur le dialogue, l’hospitalité et la coexistence. Ce capital constitue aujourd’hui une véritable ressource géopolitique.

Le préserver est donc aussi une question de sécurité nationale.

Le patriotisme ne saurait être confondu avec la xénophobie. La défense de la souveraineté nationale ne saurait justifier la stigmatisation de l’étranger. Et la nation sénégalaise ne peut être réduite à une appartenance ethnique, territoriale ou communautaire.

Monsieur le Ministre,

Je vous invite donc à poursuivre la démarche que vous avez courageusement engagée et à faire face, avec les instruments de la République, à tous ceux qui cherchent à transformer nos différences en lignes de fracture.

Parce que lorsque la haine devient un instrument de conquête politique, elle cesse d’être un simple discours : elle devient une menace pour la paix civile, la cohésion nationale et la stabilité sous-régionale.

Cheikh Tidiane KANDE

Citoyen Sénégalais

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