L’ancien ministre conseiller et président du mouvement Jëf Jël / Jàmm ak Naatange, Talla Sylla, est sorti de sa réserve. Dans une tribune publiée ce week-end, il critique sévèrement la gestion politique et technique de l’affaire dite de la « dette cachée » du Sénégal, estimant que la controverse a été largement instrumentalisée.
« La polémique a suffisamment duré », tranche l’ancien maire de Thiès, qui redoute que le débat, « né sur le terrain politique, [ait] dangereusement glissé vers une arène technico-financière », avec pour conséquence de fragiliser la crédibilité du pays auprès de ses partenaires.
Une affaire de méthode plus que de dissimulation
Pour Talla Sylla, la polémique repose moins sur la révélation de dettes dissimulées que sur un changement de méthode comptable. Il accuse le nouveau gouvernement d’avoir choisi d’agréger la dette des entreprises parapubliques dans la dette souveraine, ce qui a mécaniquement fait grimper les indicateurs d’endettement.
« Comment peut-on cacher une dette que l’on honore ? » interroge-t-il, rappelant que ces engagements figuraient dans les lois de finances votées par le Parlement et que le Sénégal n’a jamais été en défaut de paiement. À ses yeux, le terme de « dette cachée » est un abus de langage aux conséquences politiques et économiques graves.
Une crise de confiance aux conséquences potentiellement lourdes
Talla Sylla alerte surtout sur l’impact de cette controverse sur la confiance des bailleurs, en particulier vis-à-vis du Fonds monétaire international (FMI). Il s’inquiète de la posture ambiguë du gouvernement, qui « hier vilipendait le FMI et aujourd’hui le courtise ». Pour lui, cette attitude affaiblie donne au Fonds un levier inattendu pour imposer un programme d’ajustement strict.
« En créant nous-mêmes une crise de confiance, nous avons offert au FMI un levier inespéré pour imposer ses conditions », avertit-il. Il anticipe une cure d’austérité sévère, marquée par la fin des subventions, des coupes dans les budgets sociaux et une pression accrue sur les ménages les plus vulnérables.
Une attaque contre l’administration et un manque de transparence dénoncés
L’ancien ministre s’en prend également à ce qu’il perçoit comme une attaque injustifiée contre l’administration sénégalaise. Il juge incohérent d’impliquer la responsabilité de hauts fonctionnaires du ministère des Finances dans une supposée fraude, alors même que beaucoup d’entre eux « sont aujourd’hui maintenus à des postes clés, voire promus ».
Enfin, Talla Sylla dénonce le manque de transparence autour du traitement de cette affaire. Il demande la publication du rapport du cabinet Mazars, mandaté par l’État pour faire la lumière sur la situation, ainsi qu’un état détaillé des dettes en question. Il estime que l’opinion publique a droit à des faits vérifiables, pas à des accusations floues.
Un appel à recentrer le débat
Dans sa tribune, l’ancien leader de Jëf Jël appelle à « ramener le débat à l’essentiel : la sauvegarde des intérêts supérieurs du Sénégal », loin des postures partisanes ou des calculs de communication.






























