Le 8 novembre dernier, le tera-meeting organisé par Ousmane Sonko était un message adressé à l’intérieur même du pouvoir. Sonko, Premier ministre, a démontré, par cette mobilisation, qu’il demeure une force politique majeure, capable de rallier des foules et d’imprimer un rythme au débat national. Un signal direct à son propre camp et surtout à son propre président. Car, c’est bien au sommet de l’État que se joue aujourd’hui la tension : entre le Premier ministre et le chef de l’État, deux légitimités issues d’un même élan populaire mais désormais engagées dans une démonstration d’équilibre.
La réponse du président Bassirou Diomaye Faye a été tout aussi symbolique : une sortie publique encadrée par les Forces de défense et de sécurité. À Sonko la mobilisation de masse, à Diomaye l’incarnation de la puissance républicaine. Deux images, deux fronts, deux manières d’exister politiquement. Comme l’a souligné le journaliste Amadou Tidiane Sy, ces signaux ne sont pas anecdotiques : ils révèlent que le centre du pouvoir ne parle plus d’une seule voix.
À ces tensions visibles s’ajoute la polémique interne concernant la coalition Diomaye Président, qui fracture la majorité. Certains y voient une architecture nécessaire pour structurer le gouvernement, d’autres une manœuvre destinée à isoler Sonko et à redéfinir les forces autour du président. Résultat : une majorité que le peuple croyait unie se découvre traversée de lignes de fractures profondes, entretenues par des stratégies parallèles, des réseaux d’influence, et des ambitions qui se projettent déjà… vers 2029.
Et c’est bien là le cœur du problème : le pays devrait être en chantier, mais la classe dirigeante semble déjà tournée vers la prochaine présidentielle. Alors que l’heure devrait être à l’action, à la reconstruction, aux grandes réformes promises, chacun calcule, chacun se positionne, chacun se blinde pour l’échéance future. Et en attendant, les dossiers cruciaux stagnent.
Pourtant, les urgences n’attendent plus
Une réforme profonde de la justice, attendue par un peuple épuisé par les lenteurs, les conflits institutionnels et les épisodes de politisation.
Une refondation de la presse, pour en faire un pilier démocratique solide, protégé des manipulations économiques et des pressions politiques.
Un système de santé digne, qui ne condamne plus les familles à l’angoisse faute de moyens, d’équipements ou d’encadrement.
Une école publique rénovée, capable de préparer nos enfants au monde qui vient, et non à une marginalisation sociale programmée.
Voilà ce qu’attendent les citoyens.
Voilà ce que la majorité unie avait promis.
Voilà ce qui, aujourd’hui, peine à avancer dans les couloirs de l’État encombrés par les rivalités internes.
Pendant que les élites s’envoient des messages à travers les foules ou les forces de sécurité, pendant que la coalition au pouvoir se divise autour d’identités politiques et d’ambitions concurrentes, le peuple continue d’affronter la vie chère, le chômage, l’instabilité professionnelle, l’incertitude du lendemain. Les Sénégalais n’ont pas élu des symboles : ils ont élu des solutions.
Le duo Sonko–Diomaye a suscité un immense espoir de rupture, de justice et d’efficacité. Mais cet espoir ne peut survivre durablement si les priorités se déplacent vers les stratégies personnelles, les guerres d’influence et les préparatifs silencieux de 2029.
L’histoire ne retiendra ni les images spectaculaires, ni les meetings gigantesques, ni les randonnées médiatiques.
Elle retiendra les résultats.
Et pour l’instant, le peuple attend.
Le Sénégal ne peut pas se permettre cinq années d’immobilisme déguisé en démonstration de force. Il ne peut pas se permettre un pouvoir bicéphale qui se jauge, se méfie et s’observe. Il ne peut pas se permettre que 2029 commence en 2024.
L’attente est immense, la responsabilité aussi.
Le peuple n’attend pas des symboles, il attend des actes.





























