Rapport de l’IGE : Celui qui croit à une dette cachée doit aussi croire à un rapport commandité selon le journaliste Bassirou Dieng.

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Depuis plusieurs années, les détracteurs d’Aminata “Mimi” Touré n’ont cessé de marteler la même accusation : « Mimi est épinglée ». Pour étayer ces soupçons, certains en sont même venus à diffuser quatre pages présentées comme un extrait d’un prétendu rapport de l’Inspection générale d’État (IGE), censé mettre en cause sa gestion à la tête du Conseil économique, social et environnemental (CESE) entre juin 2019 et novembre 2020.
Face à ces allégations, l’ancienne Première ministre avait invité ses accusateurs à participer à un audit public du CESE, couvrant la période 2013–2020 et mené par des experts internationaux. Une proposition restée sans suite.

Le mercredi 19 novembre 2025, le journal d’investigation Libération a rapporté une nouvelle donne : selon le quotidien, le président de la République Bassirou Diomaye Faye, lors de sa rencontre avec le bureau politique de Pastef, aurait affirmé que ce rapport serait un document « commandité » par l’ancien président Macky Sall. Une déclaration qui, selon moi, vient conforter les doutes longtemps exprimés autour de l’origine et de la crédibilité de ce supposé rapport.

Un rapport contesté, une carrière scrutée

Il est utile de rappeler que Mimi Touré a travaillé pendant dix ans aux côtés de Macky Sall, mais n’a exercé que trois années dans l’appareil d’État : une année comme ministre de la Justice, une autre comme Première ministre et 17 mois à la tête du CESE. À chacune de ces étapes, elle a déclaré son patrimoine à son entrée comme à sa sortie, sans qu’un rapport administratif officiel n’ait, à notre connaissance, relevé d’irrégularité.

C’est pourquoi l’intervention de l’IGE au CESE interroge. À mes yeux, Macky Sall cherchait davantage à créer une suspicion politique qu’à éclairer l’opinion. Une stratégie qui, au vu des incohérences relevées, s’est révélée fragile.

Première incohérence : la compétence de l’IGE

Les institutions de la République sont vérifiées par la Cour des comptes. Les contrôles se font généralement « sur pièces » : l’agent comptable établit un rapport, le Trésor le transmet à la Cour des comptes, qui procède à la vérification et délivre un quitus si nécessaire. La procédure est encadrée et ne prévoit pas l’intervention de l’IGE dans ce type d’audit.

Dès lors, l’envoi de l’Inspection générale d’État au CESE apparaît, selon moi, comme un détournement des procédures classiques, davantage destiné à créer un effet politique qu’à établir une vérité comptable.

Deuxième incohérence : les “fonds politiques” transformés en soupçons

Le fameux « brouillon » de quatre pages évoquait des dépenses non justifiées. Pourtant, il s’agissait en réalité de « fonds politiques », une dotation légale dont bénéficient les présidents d’institution — comme le Chef de l’État, l’Assemblée nationale, le CESE ou le Conseil des Collectivités territoriales.
Au CESE, l’enveloppe mensuelle est de 50 millions FCFA, retirée sur la base d’une décision de versement et d’un ordre de paiement. C’est la procédure normale. Rapportée aux 17 mois de mandat, cette enveloppe atteint 850 millions FCFA, ce que certains ont voulu assimiler à des détournements.

Les accusations relatives aux contrats de communication s’inscrivaient dans la même logique : chaque institution élabore et finance son propre plan de communication. Rien d’inhabituel à cela.

Des promotions qui contredisent l’accusation

Deux éléments viennent selon moi affaiblir encore davantage la thèse de la faute :
– le Directeur administratif et financier (DAF) du CESE a été nommé à un poste similaire au ministère du Tourisme, sous Mame Mbaye Niang, pourtant réputé opposé à Mimi Touré ;
– l’Agent comptable public est devenu Directeur du contrôle budgétaire sous l’actuel régime, une fonction incompatible avec l’existence de manquements graves dans sa gestion passée.

Autant de faits qui, selon moi, montrent qu’il n’a jamais été question d’un rapport sérieux, mais plutôt d’un instrument politique destiné à discréditer Aminata Touré.

Ce dossier n’aura été, à mes yeux, qu’une tentative de manipulation, une opération destinée à salir une actrice politique qui n’a jamais été épinglée par un organe de contrôle habilité.
Si certains continuent de croire à une « dette cachée », alors qu’ils acceptent aussi l’idée d’un « rapport commandité ».

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