Journée nationale de la Diaspora : Momar Dieng Diop plaide pour une meilleure politique migratoire des Sénégalais de l’Extérieur.

Lesenegalaislibre
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XALIMANEWS: À l’occasion de la Journée nationale de la Diaspora, célébrée ce 17 décembre 2025, la rédaction de Xalima a recueilli le témoignage du journaliste Momar Dieng Diop, Sénégalais établi en Espagne.

Dans cet entretien, il revient sur la contribution multiforme de la diaspora sénégalaise, les défis liés à l’intégration, les attentes vis-à-vis des autorités nationales, ainsi que le rôle structurant que peuvent jouer les organisations diasporiques dans le développement du Sénégal. Un échange lucide, porteur d’espoir et d’engagement citoyen.

Quel regard portez-vous sur la contribution actuelle de la diaspora sénégalaise en Espagne au développement économique et social du Sénégal ?

La diaspora sénégalaise en Espagne joue aujourd’hui un rôle majeur dans le développement du Sénégal. Sa contribution va bien au-delà des transferts financiers, qui restent pourtant essentiels pour de nombreuses familles et pour l’économie nationale. Elle s’exprime également à travers des actions sociales, éducatives et communautaires, portées par des associations ou des initiatives individuelles.

Des exemples concrets existent, notamment dans les domaines de la santé, de l’éducation, de l’entrepreneuriat et de la solidarité locale, à l’image des initiatives menées par Madiop Diagne aux îles Baléares. Toutefois, cette contribution demeure encore insuffisamment structurée et peu soutenue par les institutions. Le potentiel humain et professionnel de la diaspora est immense, et il gagnerait à être mieux intégré dans les politiques nationales, dans un véritable esprit de partenariat et de co-construction.

Quels sont, selon vous, les principaux défis auxquels fait face la diaspora sénégalaise en Espagne, notamment en matière d’intégration et de reconnaissance professionnelle ?

Le premier défi reste celui de la communication et de la coordination. Il est essentiel que nous puissions mieux nous comprendre, mieux nous organiser et dialoguer efficacement, aussi bien entre membres de la diaspora qu’avec les autorités.

Un autre défi majeur concerne la reconnaissance des compétences. De nombreux Sénégalais qualifiés se retrouvent cantonnés à des emplois précaires ou sans lien avec leur formation, faute de mécanismes clairs de validation des diplômes et des parcours professionnels. À cela s’ajoutent des difficultés liées à la stabilité administrative, à l’accès au logement et à l’emploi durable, ainsi que, parfois, à des formes de discrimination. Malgré ces obstacles, la diaspora fait preuve d’une grande résilience, en développant des réseaux de solidarité et des initiatives entrepreneuriales actives.

La Journée nationale de la Diaspora se veut un moment d’écoute et de dialogue. Qu’attendez-vous concrètement des autorités sénégalaises ?

Cette journée doit aller bien au-delà du symbole. Elle doit traduire une volonté réelle de l’État du Sénégal de considérer ses ressortissants de l’extérieur comme des acteurs à part entière du développement national. Pendant longtemps, les Sénégalais d’Espagne ont eu le sentiment d’être marginalisés dans les politiques publiques, malgré leur contribution constante à l’économie et à la cohésion sociale.

Aujourd’hui, nous nourrissons beaucoup d’espoir dans la nouvelle dynamique en cours. Notre rencontre avec le Président de la République, Son Excellence Bassirou Diomaye Faye, le 1er juillet dernier à Séville, a renforcé cette confiance. Elle a montré qu’un changement de paradigme est possible, fondé sur l’écoute et la collaboration.

Concrètement, nous attendons des politiques inclusives et équitables, des mécanismes durables de concertation, un accompagnement réel des initiatives économiques et sociales de la diaspora, ainsi qu’une meilleure prise en compte de notre expertise dans les décisions nationales.

Comment la diaspora sénégalaise en Espagne peut-elle jouer un rôle plus structuré dans les dynamiques citoyennes, économiques et culturelles du Sénégal ?

La clé réside dans l’organisation collective. Lorsque la diaspora est structurée et parle d’une seule voix, elle devient un acteur crédible et influent dans les dynamiques citoyennes, économiques et culturelles.

En Espagne, un pas important a été franchi avec la création de la Fédération des Associations et Organisations Sociales Sénégalaises en Espagne (FAOSSE), qui regroupe plus de 76 % des associations recensées auprès du consulat. Cela témoigne d’une réelle volonté de structuration de la communauté.

Certes, la FAOSSE a connu une période de léthargie, mais aujourd’hui, les responsables communautaires se sont engagés à la redynamiser. Nous espérons un accompagnement fort de la tutelle afin que cette fédération puisse pleinement jouer son rôle de coordination, de concertation et de représentation, au service du développement du Sénégal.

Quel message adressez-vous aux jeunes Sénégalais, au pays comme dans la diaspora ?

Je voudrais dire aux jeunes Sénégalais que leur avenir repose sur leur engagement et leur persévérance. Rien ne se construit dans la résignation. Où qu’ils soient, au Sénégal ou à l’étranger, ils doivent croire en leur capacité à transformer leur réalité et à agir collectivement pour leur communauté.

L’engagement citoyen n’est pas une option, c’est une responsabilité. Il passe par le respect des valeurs républicaines, la formation, la participation à la vie civique et la volonté de servir l’intérêt général. Le Sénégal a besoin d’une jeunesse consciente, compétente et solidaire, capable de porter un projet de société fondé sur la dignité, la justice et le progrès partagé.

Interview réalisée Papa Ibrahima Diop Vito, Xalima le 15 décembre 2025

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