Reportage au cœur de “Café Gui” : la solidarité qui réchauffe les rues de Dakar pendant le Ramadan

Lesenegalaislibre
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XALIMANEWS: À Dakar et dans sa banlieue, le mois béni du Ramadan ne rime pas seulement avec jeûne et prières. Il rime aussi avec partage, engagement et solidarité. Depuis quelques années, un phénomène social prend de l’ampleur : les distributions gratuites de « ndogu » dans les rues, organisées par des jeunes regroupés autour d’initiatives communément appelées “Café Gui”.

À l’approche de 19h30, l’heure de la rupture du jeûne, l’effervescence est palpable. Dans les garages, aux terminus de bus, sur les terrains vagues, devant les mosquées ou au bord des grandes artères, des tables s’installent à la hâte. Des sachets de dattes sont alignés, le pain est découpé, le café Touba fumant est servi dans des gobelets, le lait est versé avec soin. Quelques minutes plus tard, chauffeurs, apprentis, passants, travailleurs coincés dans les embouteillages ou sans-abri viennent s’asseoir, souvent anonymes, toujours reconnaissants.

Ici, personne ne demande d’où tu viens. On te sert, simplement.

Une initiative née chez les Baye Fall

À l’origine, cette dynamique est largement associée aux disciples de Cheikh Ibra Fall, plus connus sous le nom de Baye Fall, branche de la confrérie fondée par Cheikh Ahmadou Bamba. Fidèles à leur tradition de service et de dévouement, ils ont été parmi les premiers à occuper l’espace public pour offrir le ndogu aux plus démunis et aux voyageurs.

Mais aujourd’hui, l’élan dépasse largement ce cadre confrérique.

Mourides, Tidjanes, Khadres, Niassènes, Layènes, et même des chrétiens catholiques s’y engagent. Dans un pays marqué par la coexistence religieuse, le Ramadan devient ainsi un moment d’unité sociale. Au-delà des appartenances, c’est l’humain qui prime.

“Œuvrer pour Dieu à travers les hommes”

Pour beaucoup de ces jeunes, la motivation est claire : servir Dieu en servant les hommes. Ils cotisent entre amis, sollicitent des commerçants du quartier, mobilisent les réseaux sociaux pour collecter des fonds. Certains travaillent toute la journée avant de passer la soirée à distribuer le ndogu.

À mesure que le soleil décline, Dakar change de visage. Les klaxons se mêlent aux appels à la prière. Les regards se tournent vers l’horizon. Puis vient le moment de la rupture. Une datte, une gorgée d’eau, un café Touba. Les visages se détendent.

Dans ces instants simples, quelque chose de profond se joue : une ville qui ralentit pour partager.

Le “Café Gui” n’est pas une structure officielle. Il n’a pas de siège, pas de hiérarchie formelle. C’est un mouvement spontané, populaire, porté par une jeunesse qui veut donner du sens à son Ramadan. À partir de 19h30, Dakar vibre ainsi au rythme du social, transformant chaque coin de rue en espace de fraternité.

Dans un contexte souvent marqué par les difficultés économiques, ces gestes rappellent une réalité essentielle : la solidarité reste l’une des plus grandes richesses du Sénégal.

PIDvito

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