XALIMANEWS: Dans une contribution au ton incisif, Aly Bathily, coordonnateur de La République des Valeurs/Réewum Ngor en France, a dressé un constat sévère de la situation politique actuelle au Sénégal. Faisant clairement référence au conflit désormais ouvert entre le président Bassirou Diomaye Faye et son Premier ministre Ousmane Sonko, il évoque une “guerre fratricide” entre anciens alliés au sommet de l’État et alerte sur les dérives d’une gouvernance minée par les rivalités internes.
Dans cet entretien accordé à Xalima, il revient en détail sur les causes de cette rupture, ses conséquences sur le quotidien des Sénégalais, et les alternatives qu’il préconise.

Dans votre contribution, vous évoquez une “guerre fratricide” au sommet de l’État. Quels en sont, selon vous, les véritables ressorts ?
Ce que nous observons aujourd’hui dépasse largement un simple désaccord politique ou une divergence de stratégie. Nous sommes face à la rupture d’un système qui, dès le départ, reposait davantage sur des équilibres personnels que sur une vision institutionnelle solide et partagée.
Quand une dynamique politique se construit autour d’hommes, de loyautés circonstancielles et d’ambitions concurrentes, elle devient inévitablement fragile. Ce type d’alliance tient tant que les intérêts convergent, mais se fissure dès que les trajectoires individuelles commencent à diverger.
Aujourd’hui, ce qui éclate au grand jour, c’est justement cette absence de socle doctrinal clair. Il n’y a pas eu suffisamment de mécanismes pour arbitrer les différends, ni de culture politique assez forte pour contenir les ego. Résultat : le débat interne s’est transformé en affrontement public, et la gouvernance en champ de bataille.
Un État ne peut pas être durablement stable lorsque ses fondations reposent sur des rivalités. Il faut des principes, des règles, et une discipline collective. Sans cela, les crises deviennent inévitables.
Vous affirmez que “la Nation est prise en otage”. Concrètement, quel impact ces tensions ont-elles sur le quotidien des Sénégalais ?
L’impact est direct et profond. Nous ne sommes pas dans une crise abstraite ou confinée aux cercles du pouvoir. Les conséquences se traduisent dans la vie quotidienne des Sénégalais.
D’abord, il y a un ralentissement évident de la prise de décision. Les arbitrages sont retardés, les priorités deviennent floues, et l’action publique perd en cohérence. Ensuite, cette instabilité au sommet envoie un signal négatif aux investisseurs, aux partenaires économiques et aux acteurs sociaux, ce qui accentue les tensions économiques déjà existantes.
Pendant que les deux têtes de l’exécutif règlent leurs différends, les urgences sociales s’accumulent : coût de la vie, emploi des jeunes, accès aux services de base. Le citoyen, lui, attend des réponses concrètes, pas des confrontations politiques.
Le temps politique est devenu un luxe que le peuple ne peut plus se permettre. Chaque jour de blocage ou de confusion se paie en opportunités perdues pour le pays. Un État ne peut avancer efficacement lorsque son sommet est paralysé par ses propres tensions.
Vous mettez en garde contre toute “amnésie collective” au moment du bilan. À qui incombe la responsabilité de la situation actuelle ?
Il est essentiel d’être clair sur ce point : il n’y aura pas d’amnésie collective. L’histoire politique récente du Sénégal est connue de tous, et les responsabilités sont parfaitement identifiables.
Les acteurs actuellement au pouvoir ont construit ensemble cette séquence politique. Ils ont porté un projet commun, partagé des décisions et exercé conjointement le pouvoir. Il est donc logique qu’ils assument ensemble les conséquences de leur gouvernance.
On ne peut pas être coresponsable d’un système lorsqu’il fonctionne, et prétendre s’en désolidariser lorsqu’il montre ses limites. La responsabilité politique ne se fragmente pas au gré des circonstances.
Dans les faits, le président de la République Bassirou Diomaye Faye et son Premier ministre Ousmane Sonko incarnent une même dynamique politique. Ils sont les deux faces d’une même pièce. Vouloir opposer artificiellement leurs responsabilités relèverait d’une stratégie de diversion qui ne trompera pas les Sénégalais.
Le moment du bilan viendra, et il devra être lucide, rigoureux et sans complaisance.
Vous critiquez une gouvernance basée sur les slogans et la mise en scène. Quelles alternatives proposez-vous ?
Nous pensons qu’il est temps d’opérer un basculement profond dans la manière de gouverner. Il faut sortir définitivement de la politique des slogans, des effets d’annonce et de la communication permanente, pour aller vers une véritable culture du résultat.
Cela suppose d’abord de définir des priorités claires, compréhensibles par tous, et alignées sur les besoins réels des populations. Ensuite, il faut fixer des objectifs mesurables, avec des indicateurs précis permettant d’évaluer l’action publique. Enfin, il est indispensable d’instaurer une véritable reddition des comptes, où chaque responsable répond de ses engagements.
C’est la ligne que nous défendons à La République des Valeurs/Réewum Ngor, et que Thierno Alassane Sall incarne dans son parcours public : une exigence de rigueur, de transparence et d’efficacité.
Les Sénégalais n’attendent pas des discours, ils attendent des résultats. Ils veulent voir des améliorations concrètes dans leur quotidien. L’État doit redevenir un instrument d’action au service des citoyens, et non un théâtre de mise en scène politique.
Un dernier mot ?
Il est important de rappeler que le peuple sénégalais n’est pas un simple spectateur de cette crise. Il en est la première victime.
Ces tensions internes affaiblissent les institutions, ralentissent les réformes et aggravent les difficultés économiques et sociales. Elles nourrissent également une forme de désillusion chez les citoyens, qui attendent avant tout de leurs dirigeants de la cohérence, de la stabilité et des résultats.
Si rien n’est fait pour corriger cette trajectoire, le risque est de voir le pays s’enfoncer davantage dans la précarité et la perte de repères.
Il est donc urgent de dépasser les querelles internes et de recentrer l’action publique sur l’essentiel : répondre aux attentes des Sénégalais et construire un avenir plus stable et plus prospère.

PIDvito, Xalima 05 avril 2026






























