INTERVIEW – Amidou Diao (PASTEF Canada) : “Sans le leadership de Sonko, PASTEF n’en serait pas là aujourd’hui”

Lesenegalaislibre
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XALIMANEWS: La sortie récente du président de la République, Bassirou Diomaye Faye, lors de son entretien avec la presse ce samedi, a suscité de nombreuses réactions dans le paysage politique sénégalais, en particulier au sein de son ancien parti, le PASTEF. Ses propos, perçus par certains comme une mise en avant de son rôle dans la construction du mouvement et dans plusieurs initiatives internes, ont ravivé un débat latent sur la mémoire collective du parti et la reconnaissance des contributions individuelles.

Dans ce contexte, une partie des militants estime que cette séquence met en lumière des divergences de lecture sur l’histoire récente de PASTEF, entre reconnaissance du leadership et valorisation du travail collectif ayant porté le parti au pouvoir.

Pour éclairer ce débat, la rédaction de Xalima a interrogé Amidou Diao, coordonnateur adjoint de PASTEF Canada, une des figures de la diaspora du parti.

Il est gestionnaire des impôts de profession. Il occupe une fonction stratégique dans la structuration et la mobilisation des militants de la diaspora, notamment en Amérique du Nord. Son rôle l’a amené à participer à plusieurs réflexions et initiatives internes du parti, ce qui lui confère une lecture de terrain sur les dynamiques organisationnelles de PASTEF.

1) Vous accusez le président Bassirou Diomaye Faye d’un manque d’humilité et d’une appropriation du travail collectif. Pensez-vous qu’il s’agit d’une stratégie politique ou d’une posture personnelle ?

Votre réaction semble reposer sur un malentendu. Il ne s’agit nullement de dire que le président Bassirou Diomaye Faye manque d’humilité de manière générale. Le propos est plutôt lié à sa récente sortie concernant la création de certains mouvements et initiatives du parti.

Personne ne conteste le rôle déterminant qu’il a joué dans l’évolution de Pastef. Que ce soit en tant que responsable du mouvement des cadres, coordonnateur de la diaspora ou même, brièvement, secrétaire général du parti, sa contribution est reconnue par tous. Lorsqu’il a été désigné candidat par Ousmane Sonko, cette décision a d’ailleurs été largement acceptée, preuve de la légitimité qu’il avait acquise.

Cependant, la critique porte sur l’usage récurrent du « j’ai fait ceci, j’ai fait cela ». Prenons le mouvement des cadres : sa mise en place est le fruit d’un travail collectif. De nombreux patriotes y ont contribué, notamment dans la diaspora, au Canada et en France, où des contenus ont été discutés et améliorés.

Un parti politique est une œuvre collective. Chacun y apporte sa contribution : idées, engagement, moyens financiers ou sacrifices personnels. Certains militants ont même perdu la vie ou gardent des séquelles irréversibles.

Dans ce contexte, il devient problématique de personnaliser excessivement des réalisations collectives. La victoire de PASTEF, aujourd’hui au pouvoir après les élections présidentielles et législatives, est celle de tous.

Cela ne retire rien au rôle central du leadership d’Ousmane Sonko, dont l’intégrité, le charisme et l’engagement pour la rupture ont été déterminants.

En résumé, reconnaître les contributions individuelles est normal, mais la victoire reste fondamentalement collective.

Le constat que nous faisons n’est pas une accusation, mais une volonté de rétablir certains faits. PASTEF est une organisation profondément collective où chaque militant peut légitimement revendiquer une part des réalisations.

Quant à savoir s’il s’agit d’une stratégie politique, nous restons prudents. Mais un constat s’impose : le président Bassirou Diomaye Faye manifeste un attachement visible à PASTEF et cherche à mettre en avant ses contributions.

Une certaine contradiction apparaît cependant entre cet ancrage et le maintien d’une coalition justifiée par des valeurs. Cette situation interroge de nombreux militants, notamment sur la cohérence des alliances politiques.

2) Vous affirmez avoir contribué, avec d’autres, à des initiatives comme le MONCAP et le programme JOTNA. Êtes-vous en mesure de documenter concrètement ces contributions ?

Dans une organisation comme PASTEF, l’usage excessif du « je » pose problème, surtout lorsque certains militants ont consenti des sacrifices extrêmes.

Cela dit, il ne s’agit pas ici de contester qui que ce soit, mais de rappeler le fonctionnement du parti. Les initiatives sont toujours le fruit d’un processus collectif : idées débattues, validées, puis mises en œuvre.

Prenons le mouvement des cadres. Il est né dans un cadre de réflexion collective, notamment au sein de commissions liées à la préparation du programme d’Ousmane Sonko. On a participé à plusieurs échanges avec des patriotes du Canada et de France.

Les supports de présentation et certains contenus ont été élaborés de manière collaborative. De la même manière, la production du programme a mobilisé plusieurs compétences avant sa synthèse finale.

Dans tous les cas, PASTEF a toujours fonctionné sur une dynamique collective. C’est cette logique qui a permis la structuration et la montée en puissance du parti.

3) Votre sortie reflète-t-elle un malaise plus profond au sein de PASTEF, notamment entre anciens militants et nouvelles figures du pouvoir ?

Je ne parlerais pas forcément de malaise, mais il existe clairement un désaccord, voire un décalage, entre certaines positions actuelles et la ligne historique du parti portée par Ousmane Sonko.

Ce décalage s’exprime notamment sur la question des valeurs et des alliances politiques. Les militants de PASTEF ont toujours défendu un socle fondé sur le patriotisme, la rupture et la bonne gouvernance.

Aujourd’hui, certains estiment que des choix d’alliances ne sont pas totalement en phase avec ces principes. Cela crée des interrogations légitimes.

Le débat dépasse les personnes. Il concerne la cohérence entre les engagements passés et les décisions actuelles.

4) Après ces révélations, quel est votre objectif : rectifier l’histoire, interpeller le président ou ouvrir un débat plus large ?

La démarche est simple : rétablir les faits. Rien de plus.

PASTEF est un projet collectif. Chaque militant y a contribué, parfois au prix de sacrifices énormes. Il est donc essentiel de préserver cette mémoire collective.

Il ne s’agit pas de nier le rôle de qui que ce soit, mais d’éviter une lecture individualisée de l’histoire du parti.

Le leadership d’Ousmane Sonko s’est imposé par sa capacité à incarner une vision et à fédérer autour de valeurs fortes. C’est cette dynamique collective qui a permis les succès électoraux récents.

Aujourd’hui, certaines narrations de l’histoire du parti peuvent sembler partielles. Il est donc normal que des militants apportent des rectifications.

Pour nous, il est essentiel de rester attachés à la vérité des faits et à l’esprit collectif qui a toujours caractérisé PASTEF. Chacun est libre de ses choix politiques, mais l’histoire commune doit rester fidèle à la réalité.

Au-delà des divergences d’interprétation, cette interview met en lumière une question centrale : celle de la mémoire collective et de la cohérence politique au sein de PASTEF, à l’heure où le parti devenu pouvoir continue de redéfinir ses équilibres internes.

PIDvito
Xalima 04 Mai 2026

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