Le monde de l’architecture sénégalaise vient de perdre l’une de ses étoiles montantes. Mame Boyo “Mamy” Tall, architecte de talent et militante d’une architecture durable et enracinée, est décédée dans la nuit du lundi 21 au mardi 22 juillet à l’âge de 32 ans. Son départ soudain bouleverse non seulement ses proches et collègues, mais aussi les institutions de l’État, où elle a profondément marqué les esprits.
Une architecte au cœur de l’État
Mamy Tall ne se contentait pas de rêver les villes : elle les dessinait au plus haut niveau de l’administration. Elle a intégré la cellule d’architecture de la Présidence de la République, où elle a contribué à plusieurs projets de restauration, de mise en valeur et de modernisation du patrimoine bâti de l’État.
Parmi ses œuvres notables figure la réhabilitation partielle du Palais présidentiel, menée avec rigueur et respect de l’histoire du lieu. Elle y a introduit une approche sensible du bâti ancien, mariant conservation patrimoniale et mise aux normes contemporaines, dans une démarche discrète mais innovante.
Son approche rigoureuse et éthique a permis de poser les jalons d’une vision souveraine du patrimoine d’État : valoriser l’existant, intégrer les savoir-faire locaux, tout en inscrivant les projets dans les exigences modernes de sécurité et de durabilité.
Un parcours guidé par l’excellence
Née à Dakar en 1992, Mamy Tall passe une grande partie de son enfance à Lomé. Très jeune, elle découvre l’architecture et effectue des stages dès l’adolescence auprès de l’architecte Pierre Atepa Goudiaby. De retour au Sénégal en 2017, elle intègre successivement l’Agence de Gestion du Patrimoine Bâti de l’État (AGPBE), puis la Présidence, avant de s’impliquer dans des projets citoyens avec la même passion.
Une militante de l’architecture africaine
Au-delà de ses fonctions officielles, Mamy Tall était aussi une voix libre et engagée. Cofondatrice de Dakar Lives, elle plaidait pour une revalorisation de l’architecture africaine et des matériaux locaux, notamment la terre, qu’elle qualifiait de matériau noble et climatiquement adapté. Elle s’élevait contre les préjugés qui associent l’architecture traditionnelle à la pauvreté, affirmant qu’une esthétique africaine contemporaine était possible, belle et nécessaire.
Hommages unanimes
Le communiqué de l’Ordre des Architectes du Sénégal salue « une professionnelle brillante, qui a su conjuguer rigueur technique, respect du patrimoine, et vision panafricaine ». Ses collègues à la Présidence évoquent une collaboratrice humble, investie et visionnaire, qui « a œuvré dans l’ombre pour faire briller les symboles de la République ».
Une perte au sommet
Le décès de Mamy Tall prive le Sénégal d’un profil rare : une architecte capable de conjuguer institution et engagement, patrimoine et innovation, discrétion et rayonnement. Son passage à la Présidence n’a pas seulement laissé des plans : il a inscrit une philosophie nouvelle dans l’architecture d’État, celle d’une souveraineté esthétique, enracinée et moderne.
À 32 ans, elle aura signé des projets majeurs, inspiré toute une génération, et tracé des perspectives pour l’architecture sénégalaise. Elle laisse derrière elle un héritage profond, et une question brûlante : qui, désormais, saura faire dialoguer aussi justement le passé, le présent et l’avenir de nos bâtiments symboliques ?






























