Le Conseil des ministres du mercredi 1er octobre 2025 a été l’occasion pour le président Bassirou Diomaye Faye et son Premier ministre d’exposer les priorités du gouvernement, dans un contexte de transformation économique, d’urgence sociale et de repositionnement diplomatique. À la veille d’une rentrée scolaire hautement symbolique, et dans un climat de crise sanitaire et d’attentes territoriales, l’exécutif sénégalais affiche un mot d’ordre : exécuter vite, suivre de près, réformer en profondeur.
Une méthode de travail centrée sur l’impact
Prenant la parole en ouverture du Conseil, le Premier ministre a salué la participation remarquée du chef de l’État à la 80e Assemblée générale de l’ONU, notamment ses positions fermes sur la crise à Gaza et les injustices du système financier mondial.
Mais c’est surtout la méthode de gouvernance qu’il a mis en avant. Trois leviers sont identifiés pour donner un coup d’accélérateur à l’action publique :
- la célérité dans l’exécution des projets catalytiques ;
- la mobilisation de financements endogènes et innovants ;
- et la mise en œuvre d’une méthodologie rigoureuse de pilotage par les résultats.
Projets structurants : priorité à l’exécution et à la relance
Outre les projets phares de l’Agenda National de Transformation (ANT) — tels que le Grand Transfert d’eau, l’électrification rurale, la ligne ferroviaire Dakar-Tambacounda ou encore l’identité numérique — le Premier ministre a insisté sur l’urgence d’accélérer l’exécution de grands chantiers déjà en cours, notamment dans les secteurs portuaire, autoroutier, ferroviaire, énergétique et numérique.
Un accent particulier est mis sur les projets achevés mais non valorisés, ou en retard d’exécution, dans des secteurs névralgiques comme les transports, l’enseignement supérieur, l’éducation ou les marchés de gros. Des visites de terrain et séances de travail ciblées sont prévues, afin de débloquer les obstacles techniques, financiers ou administratifs.
La restructuration des entreprises publiques en difficulté, telles que SONACOS, La Poste et Air Sénégal, fait aussi partie des priorités. Objectif : restaurer leur viabilité sur des bases saines, tout en garantissant une gestion transparente et performante.
Financement : vers une souveraineté économique assumée
Face aux contraintes budgétaires, l’exécutif privilégiera désormais les ressources internes pour financer les projets stratégiques. Le Plan de Redressement Économique et Social (PRES) servira de socle, complété par une stratégie de mobilisation nationale de l’épargne publique, notamment via la diaspora.
Les partenariats public-privé, le recours à des outils souverains comme le FONSIS, la CDC, ou le FONGIP, ainsi que les instruments de la finance islamique (waqf, sukuk) et du crowdfunding citoyen, seront activés pour financer prioritairement les secteurs à fort impact social : éducation, santé, infrastructures locales.
Une plateforme unique pour suivre chaque engagement
Pour garantir la redevabilité et l’efficacité, une plateforme nationale de suivi-évaluation en temps réel est en cours de finalisation à la Primature. Elle permettra de centraliser toutes les informations sur l’état d’avancement des projets prioritaires. Des fiches de remontée des problèmes seront systématiquement soumises en Conseil des ministres pour traitement immédiat.
Chaque projet fera l’objet d’un document de cadrage, accompagné d’une supervision périodique, dans une logique de pilotage rigoureux, transparent et orienté vers l’obtention de résultats concrets.
Rentrée scolaire : un chantier symbolique de refondation
Dans le domaine éducatif, le président Faye a fixé des objectifs clairs : adaptation des curricula, amélioration des infrastructures, régulation des frais scolaires et redéfinition du modèle des cantines. La rentrée du 8 octobre doit incarner un nouveau pacte éducatif, où l’école devient un levier de transformation sociale et de souveraineté intellectuelle.
Crise sanitaire : alerte sur la fièvre de la vallée du Rift
Face aux cas confirmés de fièvre de la vallée du Rift, le président a ordonné une mobilisation sanitaire immédiate, couplée à une campagne de sensibilisation communautaire intensive. Il a également demandé une implication forte dans la campagne Octobre Rose, pour renforcer le dépistage du cancer du sein et la prise en charge des patientes.
Économie : déséquilibres territoriaux persistants
L’Agence nationale de la statistique et de la démographie (ANSD) a révélé que la région de Dakar concentre 46 % du PIB national, soit plus de 8 500 milliards de francs CFA sur un total de 18 600 milliards. Une domination économique jugée excessive, qui relance le débat sur la déconcentration effective des investissements et l’équité territoriale.
Urbanisme : Dakar, symbole d’un désordre à maîtriser
Alors que l’exécutif prône une gouvernance plus ordonnée, la presse nationale, de Sud Quotidien à L’info, tire la sonnette d’alarme sur le chaos urbain à Dakar. L’espace public est saturé, les infrastructures débordées, les marchés informels omniprésents, et les nuisances multiples. Le gouvernement est attendu sur une refonte globale du modèle urbain, entre désencombrement, planification et sécurité.
Diplomatie économique : Invest in Sénégal en ligne de mire
Le président Faye a annoncé qu’il présidera, le 7 octobre 2025, la cérémonie d’ouverture du Forum Invest in Sénégal. Ce rendez-vous économique vise à mobiliser les investisseurs autour des priorités du quinquennat, dans un esprit de transparence, de souveraineté économique et de développement durable.
Le Conseil des ministres du 1er octobre marque un tournant. Le gouvernement veut passer d’un État gestionnaire à un État stratège, avec des résultats visibles à court et moyen terme. La méthode affichée — rigueur, transparence, anticipation — devra maintenant faire ses preuves sur le terrain, au contact des réalités locales et des urgences citoyennes.






























