Lors d’une conférence de presse tenue ce lundi dans un contexte politique sous tension, l’ancien maire de Dakar, Barthélémy Dias, a livré une déclaration offensive contre l’État, la justice et ce qu’il qualifie de “verrouillage organisé de la démocratie locale”. Il en a profité pour rappeler sa saisine de la Cour suprême, dénoncer des pressions exercées sur les hôtels de la capitale, et appeler à la mobilisation
L’ancien maire de Dakar, Barthélémy Dias, a tenu ce lundi une conférence de presse remarquée, au cours de laquelle il est revenu sur la révocation de son mandat, les lenteurs de la justice, et les entraves qu’il dit subir dans l’exercice de ses activités politiques. Dans un ton ferme et déterminé, il a mis en garde contre ce qu’il qualifie de « verrouillage systématique de la démocratie locale » et appelé à une mobilisation nationale pour y faire face.
Une saisine de la Cour suprême restée sans réponse
Barthélémy Dias a ouvert sa déclaration en rappelant qu’il a saisi la Cour suprême depuis le 16 décembre 2024 pour contester l’arrêté préfectoral ayant mis fin prématurément à son mandat de maire de Dakar. Il estime cette décision arbitraire et politiquement motivée, en dehors de toute procédure régulière.
« La Cour suprême doit parler. Elle ne peut pas se cacher derrière le silence. Soit elle valide la décision du préfet, soit elle l’annule et me rétablit dans mes fonctions. Mais qu’elle prenne ses responsabilités. Le peuple a le droit de savoir sur quelle base son vote peut être annulé », a-t-il déclaré.
Selon lui, ce silence judiciaire est lourd de conséquences pour la démocratie sénégalaise. Il y voit une forme de déni de justice, voire de complicité institutionnelle.
Dakar, une capitale sans maire élu : une anomalie grave
Barthélémy Dias a insisté sur le caractère inédit et alarmant de la situation actuelle. Pour la première fois depuis des décennies, la capitale du Sénégal est dirigée sans maire issu du suffrage populaire.
« Dakar est la seule ville citée dans la Constitution du Sénégal. Et pourtant, c’est la seule aujourd’hui privée d’un maire élu. Cela n’a aucun sens, ni sur le plan juridique, ni sur le plan politique », a-t-il martelé.
Il accuse le pouvoir en place de chercher à neutraliser les collectivités locales considérées comme des bastions de l’opposition, en y imposant des délégations spéciales ou en bloquant le fonctionnement des conseils municipaux.
Une démocratie sous verrou : les pressions sur les hôtels et lieux publics
L’un des points les plus sensibles évoqués au cours de la conférence a concerné les difficultés rencontrées par l’opposition pour organiser des rencontres publiques à Dakar. Barthélémy Dias a dénoncé ce qu’il appelle « une stratégie d’asphyxie » délibérée.
« Plusieurs hôtels de la place nous ont fermé leurs portes, sous pression. Des réunions prévues ont été annulées à la dernière minute. Ce n’est pas une coïncidence. C’est un ordre politique. On veut nous empêcher de parler, de réfléchir, de nous organiser. »
Ces déclarations interviennent dans un contexte où d’autres voix de l’opposition ont également dénoncé des restrictions similaires, notamment l’impossibilité de tenir des conférences ou des rencontres politiques dans des espaces neutres, souvent pour des raisons invoquées de “sécurité”.
Lancement d’une coalition nationale contre l’autoritarisme
Face à ce qu’il qualifie de “dérive autoritaire assumée”, Barthélémy Dias a annoncé la mise en place prochaine d’une coalition nationale rassemblant partis politiques, organisations de la société civile, syndicats, leaders religieux et intellectuels. L’objectif affiché : défendre la démocratie, les libertés publiques et l’intégrité du suffrage.
« Il ne s’agit plus de défendre ma seule personne. Il s’agit de défendre une idée du Sénégal. Un pays où le droit, la parole, le vote et l’alternance ne sont pas négociables. Nous allons nous organiser, et cette fois, ce sera une réponse collective. »
Une nouvelle phase de confrontation politique ?
Avec cette sortie publique, Barthélémy Dias confirme son retour sur le devant de la scène politique nationale. Son discours, mêlant indignation, stratégie juridique et appel à la mobilisation, s’adresse autant à la justice qu’à l’opinion publique. Il s’inscrit dans un climat politique marqué par une défiance croissante entre le pouvoir et plusieurs figures de l’opposition, dans une période post-électorale encore instable.
La conférence de presse, tenue malgré les tentatives d’intimidation dénoncées, sonne comme un avertissement : le combat politique pour Dakar pourrait devenir le symbole d’un affrontement plus large sur l’avenir démocratique du Sénégal.
avec seneplus et seneweb





























