Le Sénégal franchit une étape décisive vers son industrialisation avec le lancement de trois grands projets automobiles impliquant Mercedes-Benz, Kia Motors et des constructeurs chinois spécialisés dans les véhicules électriques. Portés par le ministère de l’Industrie et du Commerce, ces projets traduisent la volonté du gouvernement de bâtir une industrie nationale solide, capable de réduire les importations et de créer des milliers d’emplois qualifiés.
Le premier chantier concerne l’assemblage de véhicules militaires, fruit d’un accord stratégique entre le Sénégal et Mercedes-Benz. Une usine est en cours de construction à Diamniadio, destinée à fournir les Forces armées sénégalaises en véhicules robustes produits localement. Le deuxième projet, mené avec Kia Motors, vise l’assemblage de véhicules civils. Après une phase pilote à Diamniadio, la production sera délocalisée à Touba, sur un site de 400 hectares mis à disposition par le Khalife général des Mourides. Enfin, des constructeurs chinois vont installer des lignes d’assemblage de taxis électriques, ouvrant la voie à une transition vers la mobilité verte.
Aujourd’hui, le taux de chômage au Sénégal tourne autour de 18 %, selon l’Agence nationale de la statistique et de la démographie (ANSD), avec une part importante de jeunes diplômés sans emploi. Le lancement de ces usines pourrait inverser cette tendance. Selon les projections du ministère de l’Industrie, la phase initiale des projets pourrait générer entre 3 000 et 5 000 emplois directs, notamment dans l’ingénierie, la mécanique, la maintenance, la logistique et la gestion industrielle. À moyen terme, l’écosystème automobile — sous-traitants, distributeurs, services de pièces détachées, stations électriques — pourrait créer jusqu’à 20 000 emplois indirects, contribuant à une baisse estimée de 2 à 3 points du taux de chômage d’ici 2030.
Ces emplois seront majoritairement localisés dans les régions de Dakar, Thiès et Diourbel, mais le gouvernement prévoit également des centres de formation technique à Thiès et Kaolack pour préparer la main-d’œuvre aux nouveaux métiers de la production automobile. Le choix de Touba pour accueillir l’un des plus grands sites industriels du pays marque une évolution majeure de la géographie économique sénégalaise. Les 400 hectares offerts par le Khalife général représentent une opportunité de créer un hub industriel intégré, combinant assemblage automobile, formation professionnelle et services logistiques. Ce partenariat entre l’État et la communauté mouride illustre la nouvelle stratégie du gouvernement : associer les forces sociales et religieuses au développement économique.
L’assemblage local permettra également de réduire les importations de véhicules finis, qui pèsent lourdement sur la balance commerciale, estimées à près de 400 milliards de francs CFA par an. En produisant localement des véhicules adaptés au marché national et régional, le Sénégal ambitionne de devenir un hub automobile ouest-africain, capable d’exporter vers la Gambie, la Mauritanie et le Mali. Cette dynamique industrielle devrait aussi encourager la formation de petites et moyennes entreprises locales dans la sous-traitance, notamment la carrosserie, le câblage, la peinture, les sièges et l’électronique.
Parallèlement, le gouvernement a assoupli les règles d’importation des véhicules d’occasion : désormais, les voitures légères de moins de dix ans et les poids lourds de moins de quinze ans peuvent être importés. Cette mesure, bien que critiquée par certains concessionnaires, vise à rendre les véhicules plus accessibles et à attirer une clientèle de masse, tout en laissant le temps à l’industrie locale de s’installer.
L’intégration des taxis électriques dans le projet, en partenariat avec les constructeurs chinois, anticipe les mutations mondiales du secteur. Elle pourrait permettre au Sénégal de réduire sa dépendance au pétrole importé et de s’inscrire dans une logique de transition énergétique. À long terme, cette orientation favorisera la création d’un marché de l’énergie verte et l’émergence de nouvelles compétences techniques.
Avec Mercedes, Kia et les industriels chinois, le Sénégal met le moteur en marche d’une ambition nationale : bâtir une industrie automobile créatrice d’emplois, durable et compétitive. Si les projets se concrétisent comme prévu, ils pourraient faire reculer le chômage, stimuler la croissance et renforcer la souveraineté économique du pays. Mais leur succès dépendra aussi de la formation des jeunes, de la qualité de la gouvernance industrielle et de la capacité à attirer les investissements privés. Le pari est audacieux, mais il pourrait faire du Sénégal l’un des futurs leaders industriels de l’Afrique de l’Ouest.
avec lesoleil.sn


