Abdoulaye Bathily : « Zohran Mamdani est le fils d’un militant panafricaniste et d’une cinéaste engagée »

Xalima
By
Xalima
5 Min Read

Au micro de RFI, Abdoulaye Bathily, envoyé spécial du président sénégalais Bassirou Diomaye Faye pour les affaires internationales, est revenu sur le parcours et l’héritage politique du nouveau maire de New York, Zohran Mamdani, figure montante du camp démocrate et fervent défenseur de la cause palestinienne. Ami de longue date de la famille Mamdani, Bathily a livré un témoignage personnel et éclairant sur les racines militantes de ce jeune élu d’origine ougandaise.

Un héritage intellectuel et militant

Abdoulaye Bathily se souvient de sa première rencontre avec Mahmood Mamdani, le père de Zohran, à Dar es Salam en 1979. À cette époque, le brillant universitaire ougandais, exilé pour fuir la dictature de Idi Amin Dada, enseignait la science politique à l’Université de Dar es Salam.
« C’était une période de débats intenses sur l’avenir du continent africain, sur la lutte contre l’apartheid et contre le colonialisme », raconte Bathily. Parmi les exilés de cette génération figuraient aussi Yoweri Museveni, futur président de l’Ouganda, et Paul Kagame, alors jeune réfugié rwandais.
Selon Bathily, c’est dans cette effervescence politique que s’est forgée la pensée panafricaniste de Mahmood Mamdani, pensée qu’il a transmise à son fils.

Le symbole de « Kwame »

Né à Kampala en 1991, Zohran porte comme deuxième prénom Kwame, en hommage à Kwame Nkrumah, figure du panafricanisme et père de l’indépendance ghanéenne. Un choix hautement symbolique, souligne Bathily :
« Mahmood Mamdani est un militant panafricaniste. Il venait souvent à Dakar pour participer aux activités du Codesria, le Conseil pour le développement de la recherche en sciences sociales en Afrique. En 2007, il est venu ici avec sa famille, avec le petit Zohran. Il a grandi dans une atmosphère militante. »

Le jeune élu new-yorkais a d’ailleurs consacré ses travaux universitaires à Frantz Fanon et Jean-Jacques Rousseau, témoignant de la profondeur intellectuelle héritée de son père.

Une mère engagée et humaniste

La mère de Zohran, la célèbre cinéaste Mira Naïr, n’est pas en reste. Révélée au monde par son film « Salaam Bombay ! », elle partage les convictions politiques de son mari.
« Mira Naïr est une femme d’engagement. Elle milite pour les causes africaines, asiatiques et palestiniennes. Elle et Mahmood sont venus à Dakar avec Zohran, ils ont visité l’île de Gorée. Leur engagement pour la mémoire, la justice et les peuples opprimés est sincère », confie Bathily.

Un attachement profond à l’Afrique

Naturalisé américain en 2018, Zohran Mamdani a tenu à conserver sa nationalité ougandaise. Pour Bathily, ce choix témoigne d’un lien viscéral avec le continent africain :
« Chez les Mamdani, l’attachement à l’Afrique n’a rien d’artificiel. C’est une conviction héritée, vécue. Leur foi musulmane et leurs valeurs de justice en sont les fondements. »

Entre héritage et engagement contemporain

Aujourd’hui maire de New York et militant anti-Trump affiché, Zohran Mamdani revendique une politique humaniste, solidaire et anticoloniale.
« Il suit les traces de son père, poursuit Bathily. Il s’inscrit dans une lignée de penseurs et d’acteurs du changement. Sa voix en faveur de Gaza ou des peuples opprimés trouve ses racines dans cette éducation panafricaniste et progressiste. »

Des amitiés de cinquante ans

Interrogé sur les relations actuelles de Mahmood Mamdani avec le pouvoir ougandais, Bathily nuance :
« Il est resté en contact avec beaucoup de nos camarades d’autrefois, y compris Museveni, même si leurs chemins idéologiques ont divergé. Mahmood demeure un internationaliste convaincu, fidèle à ses idéaux de liberté et de justice. »

Ainsi, à travers le témoignage d’Abdoulaye Bathily, c’est tout un héritage militant, intellectuel et humaniste qui se dessine. Le nouveau maire de New York, Zohran Mamdani, incarne la transmission d’une génération d’Africains engagés, décidés à lier le destin du continent à celui du monde.

avec rfi

Share This Article
Leave a Comment

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *