C’est un avertissement ferme adressé à Paris. Devant les députés, la garde des Sceaux sénégalaise, Yassine Fall, a annoncé la suspension immédiate de l’accord d’extradition liant le Sénégal à la France. Dakar exige en retour que Paris lui remette deux ressortissants sénégalais, dont le journaliste influent Madiambal Diagne, visés par des procédures judiciaires.
« Nous suspendons toute extradition vers la France tant qu’elle ne répond pas à nos demandes », a martelé la ministre. Une prise de position rare, qui traduit un climat tendu dans la coopération judiciaire entre les deux pays.
La France adresse régulièrement à Dakar des demandes d’extradition visant principalement des citoyens français, parfois des binationaux. Rien que pour 2024 et 2025, une vingtaine de requêtes ont été enregistrées par la justice sénégalaise : trois ont obtenu une réponse favorable, quatre ont été rejetées. Le reste est désormais gelé.
Mais pour les autorités sénégalaises, la situation est devenue intenable. Yassine Fall dénonce un « blocage » de deux demandes d’extradition déposées par Dakar — dont celle visant Madiambal Diagne — malgré, selon elle, des « justifications complètes » fournies à la partie française.
Résultat : dix demandes françaises sont restées en attente, et douze tombent désormais sous le coup de la suspension générale. « La réciprocité va s’appliquer », a tranché la ministre, assumant pleinement ce bras de fer diplomatico-judiciaire.
En suspendant un accord essentiel à la coopération pénale entre Dakar et Paris, le Sénégal envoie un signal clair : la bonne volonté judiciaire devra désormais être mutuelle.






























