Editorial: Entre ambitions et blocages : La révolution attendue aura-t-elle lieu ?

diatiger
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Une année charnière pour un pays en quête de refondation. En 2025, la scène politique sénégalaise a été marquée par une succession d’annonces réformatrices, de débats brûlants et de tensions internes inédites au sommet de l’État. Entre un président Bassirou Diomaye Faye soucieux d’incarner une gouvernance nouvelle et un Premier ministre Ousmane Sonko omniprésent, parfois contesté jusque dans son propre camp, le Sénégal a vécu douze mois intenses où chaque avancée semblait aussitôt rattrapée par la complexité du réel.

Diomaye Faye : la rupture promise, mais encore fragile

Élu en 2024 sur un discours de restauration de la justice sociale, de moralisation de la vie publique et de rupture avec les pratiques du passé, Bassirou Diomaye Faye s’attendait à un premier exercice difficile. Ses premiers mois pleins de gouvernance l’ont confirmé : si le chef de l’État a multiplié les symboles – notamment avec des gestes forts sur la mémoire nationale ou la transparence institutionnelle – la profondeur du changement demeure, pour beaucoup, en-dessous des attentes soulevées lors de sa campagne.

Les observateurs parlent d’un « réalisme politique » qui s’impose. La machine administrative, les équilibres parlementaires, les tensions économiques et l’héritage de l’ancien régime freinent la mise en œuvre d’un programme ambitieux.

Sonko, l’incontournable et parfois dérangeant Premier ministre

La dynamique du pouvoir exécutif a été dominée par la figure d’Ousmane Sonko, chef du gouvernement et déjà acteur majeur de l’opposition sous Macky Sall. Volontaire, parfois frontal, souvent clivant, Sonko a multiplié prises de parole et initiatives.

L’été a été marqué par des tensions ouvertes entre le Premier ministre et certaines composantes de la majorité. Les divergences stratégiques sur la cadence et la méthode des réformes ont éclaté au grand jour.
Le remaniement du 6 septembre, largement perçu comme destiné à consolider Sonko, a alimenté les débats : renouvellement ou recomposition tactique ?

Lutte contre la corruption : l’OFNAC réarmé, mais le débat enfle

L’une des grandes priorités affichées du pouvoir a été la moralisation de la vie publique. En août, l’adoption des lois réformant l’OFNAC (Office national de lutte contre la fraude et la corruption) a été saluée comme un tournant : obligations renforcées de déclaration de patrimoine, capacités d’enquête augmentées, garanties institutionnelles plus solides.

Mais la réforme a aussi suscité des critiques. Le fait que le président de la République reste exempté des obligations de déclaration du patrimoine a été jugé contradictoire avec l’esprit même de la réforme par plusieurs organisations de la société civile. La promesse de transparence totale s’en trouve fragilisée.

La traque des crimes financiers : justice exemplaire ou règlement de comptes ?

Cette année aura également vu le déploiement d’une série d’enquêtes visant des figures de l’ancien pouvoir. L’ancien président Macky Sall, des ministres sortants et plusieurs responsables d’institutions sont cités dans des dossiers liés à la dette publique ou à l’attribution de marchés.

Le gouvernement parle d’assainissement nécessaire et de reddition des comptes.
L’opposition dénonce une justice à géométrie variable.
Le débat demeure ouvert et hautement inflammable.

Un New Deal Technologique pour bâtir le Sénégal numérique

Plus consensuelle, la stratégie « New Deal Technologique », lancée le 24 février, a constitué l’un des chantiers les plus ambitieux de l’année.
Objectif : faire du Sénégal un hub numérique continental d’ici 2034. Les réformes envisagées sont vastes : souveraineté numérique, dématérialisation des services administratifs, modernisation des infrastructures, innovations portées par les startups locales.

Ce projet incarne sans doute la vision la plus structurante du quinquennat, même si sa réussite dépendra des financements et de la capacité à dépasser les lourdeurs administratives.

Une année-test qui en annonce d’autres

2025 aura mis en lumière la difficulté d’opérer une rupture politique profonde tout en garantissant la stabilité d’un pays aux attentes fortes. Entre les ambitions affichées, les tensions internes et les résistances systémiques, le pouvoir Faye–Sonko se trouve devant un chemin étroit.

L’année 2026 dira si cette période n’était que l’apprentissage nécessaire avant une vraie montée en puissance des réformes — ou les premiers signes d’un essoufflement.

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