L’entretien accordé jeudi 24 septembre à RFI et France 24 par le président Bassirou Diomaye Faye, en marge de l’Assemblée générale des Nations unies à New York, continue de susciter commentaires et réactions au Sénégal.
Pendant une vingtaine de minutes, le chef de l’État a abordé plusieurs sujets sensibles : la candidature de Macky Sall au poste de secrétaire général des Nations unies, ses divergences avec Ousmane Sonko, l’accord avec le Fonds monétaire international, le calendrier électoral, la possibilité d’une dissolution de l’Assemblée nationale ainsi que plusieurs questions diplomatiques.
Mais au lendemain de l’entretien, c’est surtout la position de Bassirou Diomaye Faye à l’égard de son prédécesseur qui a retenu l’attention.
Macky Sall, le sujet qui fait le plus réagir
Interrogé sur le soutien du Sénégal à la candidature de Macky Sall à la tête des Nations unies, le président Diomaye Faye a assumé sans ambiguïté la position de Dakar.
Il a estimé que la candidature de l’ancien chef de l’État restait crédible et que les jeux n’étaient pas encore faits. Selon lui, la décision dépendra notamment de la position des cinq membres permanents du Conseil de sécurité.
Le président sénégalais a surtout défendu le choix de soutenir un candidat africain. « Qui de mieux pour défendre une meilleure place de l’Afrique que le président Macky Sall ? », a-t-il notamment déclaré.
Cette position a suscité des réactions contrastées. Certains commentaires ont salué une approche fondée sur les intérêts du Sénégal et de l’Afrique, ainsi qu’une forme de continuité de l’État au-delà des alternances politiques.
D’autres réactions ont été beaucoup plus critiques, notamment chez des acteurs qui considèrent que le soutien à Macky Sall est difficilement compatible avec le discours politique qui avait accompagné l’accession de Diomaye Faye au pouvoir.
Macky Sall lui-même a réagi après l’intervention du président. Dans un message publié sur les réseaux sociaux, l’ancien chef de l’État a remercié Bassirou Diomaye Faye ainsi que le président burundais Évariste Ndayishimiye pour leur soutien renouvelé à sa candidature.
La rupture avec Sonko expliquée par Diomaye
Autre moment très commenté : les explications du président sur sa rupture avec Ousmane Sonko.
Bassirou Diomaye Faye a expliqué que sa décision de mettre fin aux fonctions de son ancien Premier ministre était liée à une rupture de confiance et à des divergences persistantes.
Le chef de l’État a également répondu aux accusations de « trahison » qui lui sont adressées depuis la séparation politique entre les deux hommes.
À cette accusation, il a opposé son serment présidentiel. « La seule chose que je peux trahir, c’est mon serment », a-t-il notamment déclaré, selon les comptes rendus de l’entretien.
Cette séquence a alimenté les discussions sur les réseaux sociaux, où le débat dépasse désormais la seule relation entre les deux dirigeants. Les commentaires se concentrent notamment sur la question de savoir si le président doit être jugé à l’aune de ses engagements électoraux initiaux ou de ses responsabilités institutionnelles depuis son accession à la magistrature suprême.
Maimouna Bousso hausse le ton
Parmi les réactions politiques les plus virulentes figure celle de la députée Maimouna Bousso.
Au lendemain de l’entretien, elle a vivement critiqué le chef de l’État et l’a accusé, selon sa propre lecture, de s’être éloigné du choix exprimé par les électeurs. Elle a parlé de « la pire des trahisons » et appelé à « tirer un trait » sur le président. Elle s’est également projetée vers l’échéance de 2029.
Ces propos constituent une prise de position politique individuelle et ne permettent pas, à eux seuls, de mesurer l’état d’opinion de l’ensemble des Sénégalais.
Sur les réseaux sociaux, les réactions sont également loin d’être homogènes. L’entretien a donné lieu à des commentaires favorables au discours du président sur la diplomatie et la souveraineté, mais aussi à de nombreuses critiques portant principalement sur le soutien apporté à Macky Sall et sur la rupture avec Ousmane Sonko.
Les élections locales : le flou demeure
La question du calendrier électoral a également occupé une place importante dans l’entretien.
Bassirou Diomaye Faye a déclaré ne pas vouloir que le Sénégal tombe dans une « obsession électorale permanente ». Il a expliqué que les priorités du moment étaient notamment économiques, avec la nécessité de restaurer la confiance des partenaires financiers et des investisseurs.
Cette position intervient alors que la date des élections territoriales fait l’objet de discussions politiques.
Le président n’a donc pas fermé définitivement la porte à un report, mais il a insisté sur la nécessité d’un consensus autour d’une éventuelle modification du calendrier.
Dissolution de l’Assemblée : Diomaye ne ferme pas la porte
Autre déclaration suivie de près : celle concernant une éventuelle dissolution de l’Assemblée nationale.
Le président de la République n’a pas exclu l’utilisation de cette prérogative constitutionnelle. « Pourquoi exclure une prérogative dont on est investi par la Constitution ? Tout est question de nécessité ou de contexte », a-t-il déclaré.
Il a toutefois ajouté qu’une décision serait prise « le moment venu », en fonction de la situation à laquelle le pouvoir exécutif serait confronté.
Cette déclaration intervient dans un contexte institutionnel particulier, marqué par les divergences entre le chef de l’État et l’actuelle majorité parlementaire.
Le FMI et la question de la dette
La situation économique du Sénégal figurait également parmi les principaux sujets abordés.
Bassirou Diomaye Faye a défendu l’accord conclu avec le FMI et rejeté l’idée selon laquelle le programme conduirait nécessairement à une politique d’austérité généralisée.
Le chef de l’État a notamment mis en avant les dépenses sociales, les bourses de sécurité familiale ainsi que les recrutements dans les secteurs de l’éducation et de la santé.
Cette partie de l’entretien a toutefois suscité des réserves chez certains économistes et acteurs politiques. L’ancien ministre de l’Économie Abdourahmane Sarr a notamment contesté certains éléments du diagnostic économique présenté et s’est opposé à l’idée que le Sénégal devrait être considéré comme un « cas test ».
Une sortie médiatique qui relance le débat politique
Au lendemain de l’entretien, la presse sénégalaise lui a largement consacré ses unes et ses analyses. L’APS a relevé que plusieurs quotidiens avaient placé au centre de leur couverture le soutien à Macky Sall, la rupture avec Ousmane Sonko et les questions économiques.
Le journaliste Mamoudou Ibra Kane, dans une analyse publiée après l’entretien, a livré une lecture nuancée de la prestation présidentielle. Il a notamment relevé ce qu’il considère comme une affirmation de la primauté de la Constitution et des institutions, tout en exprimant des réserves sur les réponses concernant le calendrier des élections locales et certaines questions économiques.
Au-delà des appréciations individuelles, l’entretien aura surtout eu le mérite de mettre sur la table plusieurs questions qui étaient déjà au cœur du débat national : les rapports entre le président de la République et son ancien Premier ministre, l’avenir de la majorité parlementaire, le calendrier électoral, la gestion de la dette et la place du Sénégal dans la diplomatie africaine.
À New York, Bassirou Diomaye Faye a donc tenté de défendre une ligne fondée sur les responsabilités institutionnelles et les intérêts de l’État. Au Sénégal, cette nouvelle posture continue toutefois de susciter des interrogations, notamment chez une partie de ceux qui avaient associé son accession au pouvoir à un changement profond dans la manière de gouverner.
Une chose est certaine : l’entretien de RFI et France 24 n’a pas clos les débats. Il les a plutôt déplacés sur un nouveau terrain, celui des choix désormais assumés par le chef de l’État et de leur interprétation par les différents acteurs politiques et citoyens.

























