À Kaolack, obtenir un simple lopin de terre relève désormais du parcours du combattant pour de nombreux citoyens. Pourtant, certains semblent échapper à cette réalité.
Le nom de Lahat Babou revient régulièrement dans les discussions portant sur le foncier dans la capitale du Saloum. Ancien chauffeur de Madame Seynabou Cissé devenu un important opérateur économique, il est cité dans plusieurs témoignages relatifs à l’occupation et à l’exploitation de vastes espaces fonciers.
À proximité de la mosquée inachevée de feu Ndiouga Kébé, une cité aurait été érigée sur un domaine dont certains héritiers affirment avoir été dépossédés. Si certains ont choisi de vendre leur part, d’autres continuent de contester les conditions dans lesquelles ces terrains auraient changé de mains.
Ces derniers évoquent notamment le rôle qu’auraient joué certaines autorités administratives et locales de l’époque, parmi lesquelles l’ancien gouverneur Alioune Badara Mbengue. Ils s’interrogent sur les circonstances ayant permis la transformation d’un patrimoine considéré comme commun en propriétés privées.
DEPECHES
Les interrogations ne s’arrêtent pas là. L’ancien terrain ayant abrité la première gare routière de Dakar serait aujourd’hui occupé par une clinique attribuée à l’épouse de M. Babou. Là encore, des citoyens demandent davantage de transparence sur les conditions d’attribution et d’occupation de ce site.
Il faut également évoquer le cas de l’actuel siège de la Direction du Crédit Mutuel du Sénégal. Le site qui abrite ce siège, bien que relevant du domaine national, était auparavant occupé par une ASC qui l’utilisait comme terrain de football.
C’est au détriment de nos enfants, qui peinent déjà à trouver des espaces de jeu, que certains responsables auraient procédé à la cession de ce terrain au profit de cette institution financière. J’avais tenté d’entrer en contact avec la direction afin de mieux comprendre les responsabilités des uns et des autres dans cette affaire. Des négociations financières auraient, selon certains témoignages, accompagné cette opération.
J’ai également vécu un moment à Darou Ridouane, où des individus tentaient d’infiltrer le quartier, parfois en recrutant des agents de sécurité pour morceler et vendre des terrains non lotis. Sans la vigilance des habitants, il ne resterait probablement plus aucun espace libre dans cette partie longtemps oubliée de Kaolack.
Pendant ce temps, de nombreux jeunes de Kaolack, nés et ayant grandi dans cette ville, peinent à accéder à la terre pour construire leur logement. Ils assistent, impuissants, à la multiplication des attributions foncières au profit de personnes influentes, d’agents municipaux ou de responsables politiques.
Le foncier est un bien précieux. Il ne peut devenir le privilège d’une minorité pendant que la majorité est condamnée à l’attente, à l’exclusion ou à l’exil intérieur.
Les citoyens sont en droit d’exiger la transparence dans la gestion du domaine national et dans les conditions d’attribution des terres publiques.
Les terres de Kaolack appartiennent à tous les Kaolackois. Elles ne doivent ni être accaparées ni détournées de leur vocation au profit d’intérêts particuliers.
Le temps des explications est venu.
Madère Fall
Habitant de Kasnack, Kaolack


























