C’est une annonce qui résonne comme un soulagement pour des milliers de Sénégalais de l’étranger : désormais, les véhicules âgés de jusqu’à 10 ans pourront être importés légalement au Sénégal. Cette mesure, rendue publique ce jeudi par le Premier ministre Ousmane Sonko, répond à une revendication de longue date de la diaspora, en particulier de celle basée en Europe et en Amérique du Nord.
Une revendication ancienne et constante
Depuis plus d’une décennie, les Sénégalais établis à l’étranger qui jouent un rôle économique de premier plan par leurs transferts de fonds et investissements dénonçaient la rigueur excessive des règles douanières, notamment la limite d’âge fixée à 8 ans pour l’importation de véhicules.
Pour beaucoup de membres de la diaspora, notamment ceux qui souhaitent envoyer un véhicule à leur famille ou démarrer une activité de transport au pays, cette restriction représentait un frein économique injustifié, d’autant que la majorité des véhicules accessibles et fiables sur le marché de l’occasion européen ou canadien ont souvent entre 8 et 10 ans.
« Nous étions nombreux à nous sentir pénalisés. Trouver une voiture de moins de 8 ans, conforme aux normes douanières sénégalaises, coûtait très cher, sans compter les frais de transport et de dédouanement. C’était un véritable parcours du combattant », témoigne Abdoulaye N., Sénégalais établi à Lyon.
Une mesure de justice économique
La décision du gouvernement marque donc une avancée significative dans la prise en compte des réalités de la diaspora sénégalaise, qui ne cesse de réclamer plus de flexibilité, de reconnaissance et de considération dans les politiques publiques.
Le Premier ministre a d’ailleurs justifié cette mesure en évoquant la nécessité de « rapprocher l’État des préoccupations concrètes des Sénégalais d’ici et de la diaspora ». Elle s’inscrit dans le Plan de Redressement Économique et Social (Jubbanti Koom), qui vise à réformer l’administration et à recentrer l’action gouvernementale sur les besoins de la population.
Un soutien accru au retour et à l’investissement
Pour les associations de Sénégalais de l’extérieur, cette réforme pourrait également encourager le retour et l’investissement au pays. « Beaucoup parmi nous souhaitent rentrer ou monter une entreprise au Sénégal. Avoir la possibilité d’importer un véhicule de 9 ou 10 ans, fiable et abordable, c’est un facteur facilitant énorme », affirme Fatou S., entrepreneure à Montréal.
Certains voient même cette mesure comme un tournant symbolique dans la relation entre l’État et sa diaspora : un signe que les sacrifices et les contributions de celle-ci sont enfin pris en compte de manière concrète.
Attention aux dérives
Toutefois, des experts et écologistes appellent à la vigilance, notamment en ce qui concerne les normes environnementales. Si les véhicules plus âgés sont plus accessibles, ils peuvent aussi être plus polluants. Le gouvernement a promis de renforcer les contrôles techniques à l’entrée du territoire et de veiller à l’application des normes antipollution.
Une ouverture saluée, mais d’autres attentes demeurent
La décision d’étendre à 10 ans l’âge limite des véhicules importés est saluée unanimement, mais elle ne clôt pas le chapitre des revendications de la diaspora. D’autres dossiers restent sur la table : facilitation des démarches administratives à distance, statut fiscal adapté aux entrepreneurs de la diaspora, accès au foncier, et reconnaissance accrue dans les instances de décision nationale.
En attendant, cette réforme constitue un signal fort, qui témoigne de la volonté du nouveau gouvernement de reconstruire une relation de confiance avec sa diaspora, et de la considérer comme un partenaire stratégique dans la refondation du pays.





























