Le PASTEF traverse une zone de turbulences sans précédent. Entre les partisans d’Ousmane Sonko, dépositaire d’une ligne idéologique forgée dans la contestation, et ceux du président Bassirou Diomaye Faye, porteur de la légitimité institutionnelle, les heurts deviennent désormais visibles, assumés, parfois même brutaux. Une dynamique que plusieurs observateurs qualifient de « mode sections d’assaut », tant les positionnements internes se radicalisent.
Au cœur de cette confrontation, une question : qui parle au nom du parti ?
Et, plus encore : quelle est aujourd’hui l’âme du PASTEF ?
Les tensions actuelles cristallisent une fracture profonde, faite de rivalités d’influence, de divergences stratégiques et d’interprétations opposées du projet originel. Les pro-Sonko défendent l’idée d’une continuité idéologique intransigeante, fidèle aux combats menés avant l’élection de 2024. Les pro-Diomaye, eux, invoquent la nécessité d’adapter l’action politique à l’exercice du pouvoir d’État, d’élargir les alliances, de sécuriser la gouvernabilité.
Pour éclairer cette situation, deux analystes livrent un diagnostic d’une grande lucidité.
Le Dr Papa Fara Diallo, enseignant-chercheur en science politique à l’Université Gaston Berger de Saint-Louis, observe une « collision entre la rhétorique antisystème et les contraintes inhérentes à l’institution présidentielle ». Selon lui, le PASTEF paie aujourd’hui le prix d’un double héritage difficile à concilier.
Le Dr Mamadou Akila Bodian, chef du Laboratoire d’études sociales de l’Ifan, souligne quant à lui « une dynamique de double leadership qui crée mécaniquement des zones d’incertitude ». Dans un parti structuré autour d’un récit de résistance, l’intégration au pouvoir produit des dissonances fortes, amplifiées par les loyautés affectives et les trajectoires militantes.
Ces heurts internes, longtemps tus, remontent désormais à la surface. Ils interrogent l’avenir immédiat du parti :
le PASTEF peut-il encore prétendre incarner une force unifiée ? Ou s’achemine-t-on vers un pluralisme interne difficilement maîtrisable ?
Une certitude : la bataille des légitimités est ouverte — et elle façonnera l’histoire politique du mouvement dans les mois à venir.






























