XALIMANEWS: La disparition de l’actrice sénégalaise Halima Gadji continue de susciter une vive émotion au Sénégal et au-delà. Parmi les voix marquées par ce décès figure celle de Souleymane Jules Diop, ancien ministre et ancien ambassadeur du Sénégal auprès de l’UNESCO, qui livre une réflexion poignante sur la portée culturelle et humaine de cette perte.
Dans un témoignage empreint de gravité, Souleymane Jules Diop confie n’avoir jamais été aussi affecté par la mort d’une personne qu’il n’avait pourtant jamais rencontrée. Il explique n’avoir jamais vu Halima Gadji en personne, ni même suivi ses films, ne la connaissant que de réputation. Pourtant, son influence lui est apparue de manière éclatante dans un lieu symbolique : l’UNESCO.
Alors ambassadeur du Sénégal dans cette institution mondiale de la culture et président du Groupe des ambassadeurs africains, il raconte avoir vu des collègues africains et européens apprendre le wolof pour suivre les séries télévisées dans lesquelles jouait Halima Gadji, imiter son style vestimentaire et reproduire ses codes. Une situation qui, selon lui, était source de fierté nationale.
Par son talent et son travail, Halima Gadji a contribué à projeter la culture sénégalaise bien au-delà de ses frontières. Pour Souleymane Jules Diop, elle a participé à hisser le téléfilm sénégalais à un niveau inédit, au point de révéler Dakar comme un véritable pôle africain du genre, aux côtés de Lagos.
Mais l’émotion de l’ancien ministre ne se limite pas à l’hommage artistique. Il exprime aussi une profonde douleur face à ce qu’il décrit comme une violence collective. Le jour de l’annonce de la mort de l’actrice, il dit avoir versé une larme, prenant conscience à quel point un peuple peut porter ses talents très haut, avant de les briser.
S’il reconnaît que Halima Gadji avait des fragilités, liées notamment à une enfance difficile, Souleymane Jules Diop estime que la société a contribué à exposer ces failles, en la livrant à la vindicte, aux attaques et à une forme de cruauté sociale. Selon lui, elle a été « jetée en pâture » et piétinée, au lieu d’être protégée.
Il affirme pleurer non pas seulement une actrice, mais une femme dont la souffrance a révélé celle de toute une société. Pour l’ancien diplomate, cette mort doit interpeller collectivement. Il dénonce la montée de la haine, de la rancœur et de la délectation face au malheur d’autrui, qu’il considère comme une menace pour les fondements mêmes du vivre-ensemble au Sénégal.
En conclusion, Souleymane Jules Diop exprime le souhait que les plus hautes autorités de l’État reconnaissent officiellement la contribution d’Halima Gadji à la culture nationale. Il espère notamment que le Président de la République, qu’il décrit comme un promoteur et protecteur des arts, saura lui rendre un hommage à la hauteur de son apport, en lui décernant l’Ordre du Mérite national.



























