Football amoul “koleré”— Le Sénégal et ses Papys éternels (Par Paul Biagui)

Lesenegalaislibre
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Il y a des erreurs qu’on commet une fois.

Les plus têtus les commettent deux fois.

Et puis il y a le football sénégalais.

Lui, il transforme ses erreurs en patrimoine national.

Tous les trente ans, le Sénégal reproduit exactement la même faute. Avec la précision d’un métronome. Comme si l’histoire n’existait pas. Comme si personne n’avait pris la peine de l’étudier.

Ouvrons le dossier.

1992 : Dakar, CAN à domicile

Le Sénégal reçoit l’Afrique.

Le Sénégal veut sa CAN.

Le Sénégal rêve.

Que fait-on ?

Choisit-on les meilleurs joueurs du moment ?

Les plus affûtés ?

Les plus performants ?

Non.

On ressort les anciens. Des noms prestigieux :

Jules Bocandé, Omar Gueye Sène, Roger Mendy, Cheikh Seck, Mamadou Teuw, Lamine Ndiaye, Thierno Youm, Pape Fall.

Des carrières magnifiques.

Des hommes qui avaient servi le Sénégal avec honneur.

Mais dont les jambes avaient déjà remis leur démission.

Le Nigeria les corrige.

Le Cameroun les élimine.

Le peuple attendait une fête.

Il assiste à des funérailles.

Premier acte. Rideau.

2009 : Dakar, rebelote

Diouf.

Fadiga.

Henri Camara.

Des géants.

Mais le football moderne ne se joue pas avec des souvenirs.

Le coach Lamine Ndiaye refuse de tourner la page.

Refuse de trancher.

Refuse de voir.

Résultat ?

2-2 contre la Gambie.

À Dakar.

Élimination.

Humiliation.

Fin de règne.

Une génération légendaire quitte la scène par la petite porte.

Deuxième acte. Rideau.

2026 : New York, MetLife Stadium

Le décor change.

Le scénario reste identique.

Koulibaly, 34 ans.

Gana Gueye, 35 ans.

Mané, 34 ans.

Des légendes.

Mais le football de très haut niveau est un métier cruel.

Il ne distribue pas de médailles pour services rendus.

Il ne récompense pas la nostalgie.

Il juge chaque course, chaque duel, chaque accélération.

Et son verdict est sans appel.

Les signaux étaient pourtant là.

Visibles.

Criards.

Mais tout le monde a préféré fermer les yeux.

Les joueurs ont voulu continuer.

Le sélectionneur Pape Thiaw a accepté.

L’affectif a gagné.

La lucidité a perdu.

Résultat :

Six buts encaissés en deux matchs.

Deux défaites.

Deux records négatifs historiques.

Pendant ce temps, des joueurs de 22, 23 ou 24 ans regardent depuis le banc.

Des jambes fraîches.

Des ambitions immenses.

Des carrières suspendues au souvenir des anciens.

Troisième acte. Rideau.

Trois générations, trois fiascos

Trois refus de tourner la page.

Ce n’est plus un hasard.

C’est une maladie.

Au Sénégal, on ne sait pas dire au revoir à ses légendes.

On prolonge.

On temporise.

On espère.

Comme si le talent d’hier pouvait éternellement payer les factures d’aujourd’hui.

Erreur.

Le coach qui n’a pas le courage de dire non à ses légendes n’est pas loyal.

Il est complice.

Complice du déclin.

Complice de l’immobilisme.

Complice de la défaite.

Cette maladie porte un nom : football sans cruauté.

Mais le football de haut niveau, lui, est impitoyable.

Et lorsqu’un sélectionneur refuse d’être cruel au bon moment, le football se charge lui-même de l’être.

Toujours.

Jusqu’à six buts encaissés en deux matchs.

FOOTBALL AMUL KOLERÉ

Paul Biagui

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