Ousmane Sonko revendique la rupture et expose ses divergences avec le président Diomaye Faye

Xalima
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Dakar — Rarement un responsable politique sénégalais aura autant cherché à clarifier sa position institutionnelle tout en assumant publiquement ses différences avec le chef de l’État. Lors d’un entretien diffusé dimanche 16 août, le président de l’Assemblée nationale, Ousmane Sonko, a livré une série de déclarations qui éclairent sa lecture du pouvoir, de la gestion des finances publiques et de l’orientation du projet politique porté par le tandem arrivé aux affaires en mars 2024.

Au-delà des questions techniques abordées, l’entretien a surtout mis en lumière une ligne de fracture qui semble se dessiner au sommet de l’État. Sans remettre en cause son compagnonnage politique avec le président Bassirou Diomaye Faye, M. Sonko a reconnu l’existence de désaccords qu’il rattache à des questions de « transparence » et de « souveraineté », deux thèmes devenus centraux dans le discours du parti Pastef.

« Mon désaccord avec le président Diomaye ne relève pas de la politique, mais bien des exigences de transparence et de souveraineté », a-t-il affirmé.

Cette déclaration intervient dans un contexte où les observateurs s’interrogent depuis plusieurs mois sur l’équilibre institutionnel entre les deux hommes. Si aucun affrontement ouvert n’a été constaté, plusieurs prises de position publiques ont nourri le débat sur les orientations du pouvoir et la répartition de l’influence au sein de l’exécutif.

Le plaidoyer pour une gouvernance de rigueur

L’ancien Premier ministre a également défendu ce qu’il considère comme la vocation première du mandat en cours. À rebours des attentes d’une partie de la population qui espérait le lancement rapide de grands projets structurants, Ousmane Sonko a insisté sur la nécessité d’une phase préalable d’assainissement.

Selon lui, le pouvoir hérité en 2024 devait d’abord s’atteler à la maîtrise des dépenses publiques, à la rationalisation de l’action de l’État et à la recherche de justice pour les victimes des violences politiques ayant marqué les dernières années du régime précédent.

Cette approche s’inscrit dans le récit de rupture développé par Pastef depuis son accession au pouvoir : restaurer les équilibres budgétaires avant d’engager des investissements d’envergure.

Les carburants au cœur du débat

Sur le terrain économique, Ousmane Sonko a tenu des propos susceptibles de relancer la controverse sur la politique des prix des carburants.

Alors que la question des subventions demeure particulièrement sensible dans un contexte de tensions sur le coût de la vie, il a estimé que l’État tirait désormais davantage de recettes de la fiscalité pétrolière qu’il ne consacrait de ressources au soutien des prix.

« Dans l’état actuel des choses, l’État encaisse plus qu’il ne subventionne », a-t-il déclaré.

Le responsable politique a également soutenu que le Sénégal figurait parmi les pays d’Afrique de l’Ouest appliquant les niveaux de taxation les plus élevés sur les carburants. Une affirmation qui pourrait nourrir les débats sur la structure des prix à la pompe et sur les marges de manœuvre budgétaires du gouvernement.

Transparence et déclaration de patrimoine

Interrogé sur ses obligations déclaratives, Ousmane Sonko a rejeté toute accusation de manquement. Il a assuré avoir respecté les exigences légales attachées aux différentes fonctions qu’il a occupées, de maire de Ziguinchor à Premier ministre, puis président de l’Assemblée nationale.

En invoquant l’« exemplarité », il a cherché à inscrire son action dans une logique de reddition des comptes, un principe régulièrement mis en avant par les nouvelles autorités.

Les fonds de la Primature sous la loupe

L’ancien chef du gouvernement s’est également exprimé sur l’utilisation des fonds placés sous l’autorité de la Primature durant son passage à la tête du gouvernement.

Se présentant comme en mesure de justifier chaque dépense engagée, il a affirmé n’avoir jamais perçu personnellement de ressources issues de ces fonds. Il a par ailleurs indiqué avoir imposé des procédures strictes afin d’éviter les décaissements en espèces et de renforcer la traçabilité des opérations financières.

Cette défense intervient alors que les questions liées à la gestion des fonds publics occupent une place croissante dans le débat politique sénégalais.

Une parole aux conséquences politiques

Par la tonalité de ses propos, Ousmane Sonko a cherché à réaffirmer son rôle dans l’orientation du projet politique porté par Pastef tout en se positionnant comme le garant d’une ligne de rigueur et de transparence.

Si l’entretien ne marque pas une rupture avec le président Bassirou Diomaye Faye, il confirme néanmoins l’existence de sensibilités différentes au sein du pouvoir. Dans un contexte de fortes attentes sociales et économiques, ces nuances pourraient peser sur les arbitrages à venir et alimenter les spéculations sur l’évolution des rapports entre les deux principales figures de l’exécutif sénégalais.

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