De Washington à Abu Dhabi, Diomaye Faye accélère la diplomatie économique du Sénégal

Xalima
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En moins de quarante-huit heures à Washington, le président de la République, Bassirou Diomaye Faye, a multiplié les rencontres avec les principaux acteurs du financement international et du secteur privé américain. Du Fonds monétaire international à la Banque mondiale, en passant par la Chambre de commerce des États-Unis, le Corporate Council on Africa et l’entreprise Cybastion, le chef de l’État a placé la situation économique du Sénégal, le financement de son développement et l’attractivité du pays au cœur de son agenda.

Cette séquence, entamée à Washington les 13-15 septembre, intervient à un moment particulièrement important pour Dakar. Le Sénégal cherche à restaurer ses marges de manœuvre financières, à rétablir la confiance de ses partenaires et à obtenir de nouveaux leviers pour financer ses politiques publiques, tout en poursuivant les réformes engagées depuis l’arrivée au pouvoir du nouveau régime.

Le FMI, au cœur de la séquence américaine

Le temps fort de la visite a été l’entretien, mardi 15 septembre, entre Bassirou Diomaye Faye et la directrice générale du FMI, Kristalina Georgieva, au siège de l’institution à Washington.

La rencontre intervient deux semaines après l’accord conclu au niveau des services du FMI et des autorités sénégalaises sur un nouveau programme de 36 mois au titre de la Facilité élargie de crédit. Le programme envisagé représente environ 2,2 milliards de dollars et doit accompagner le programme de réformes économiques et financières du Sénégal pour la période 2026-2029. Son approbation reste toutefois soumise aux procédures internes du Fonds, notamment à l’examen du Conseil d’administration.

À l’issue de leur entretien, les deux parties ont affiché leur volonté d’accélérer le processus. Kristalina Georgieva a salué les progrès réalisés par le Sénégal dans le renforcement de son économie et dans l’amélioration des perspectives d’investissement, d’emploi et de croissance. Elle a également soutenu l’intention des autorités sénégalaises d’engager un traitement de la dette afin de contribuer au rétablissement de la soutenabilité des finances publiques.

Cette question de la dette constitue désormais l’un des dossiers majeurs de la trajectoire économique du pays. Dakar entend notamment recourir au mécanisme du Cadre commun du G20, avec une approche adaptée à sa situation. Le président de la Banque mondiale, Ajay Banga, a indiqué que l’institution était disposée à accompagner le Sénégal dans cette démarche et à contribuer à accélérer le processus.

« Transparence » et redressement des finances publiques

Depuis le début de son mandat, le gouvernement sénégalais a fait de la transparence budgétaire l’un des axes de sa communication économique. Les autorités ont notamment mis en avant la découverte d’un niveau d’endettement et d’engagements publics supérieur à ce qui avait été précédemment communiqué.

Le programme discuté avec le FMI vise précisément à restaurer la stabilité macroéconomique et la soutenabilité de la dette, à réduire les vulnérabilités budgétaires et extérieures, tout en renforçant les dépenses sociales et la croissance tirée par le secteur privé. Le Fonds mentionne également le renforcement de la transparence budgétaire, l’amélioration de l’environnement des affaires et l’inclusion financière parmi les objectifs du programme.

Pour Dakar, l’enjeu est donc double : assainir les finances publiques tout en maintenant suffisamment d’espace pour financer les priorités sociales et économiques.

Un redressement qui veut préserver le volet social

Devant la direction du FMI, le chef de l’État a insisté sur la nécessité de ne pas faire porter l’essentiel de l’effort de redressement aux populations les plus vulnérables.

La Présidence met notamment en avant le doublement des bourses de sécurité familiale, le maintien des bourses étudiantes, la consolidation de la couverture maladie universelle ainsi que le règlement progressif des arriérés dus aux entreprises privées.

La réforme des subventions à l’énergie figure également parmi les dossiers sensibles. Les autorités annoncent une évolution progressive du système, avec un ciblage plus important des bénéficiaires. Selon les données avancées par la Présidence, une part importante des subventions bénéficie actuellement aux ménages les plus aisés, ce qui constitue pour le gouvernement un déséquilibre à corriger.

L’objectif affiché est ainsi de réduire le coût budgétaire des subventions tout en renforçant la protection des ménages les plus vulnérables.

Cybastion annonce 300 millions de dollars pour le numérique

La mission américaine ne s’est cependant pas limitée aux institutions financières internationales.

Le lundi 14 septembre, Bassirou Diomaye Faye a reçu une délégation de l’entreprise américaine Cybastion. À l’issue des échanges, le groupe a annoncé son intention de mobiliser environ 300 millions de dollars pour accompagner la transformation numérique du Sénégal.

Les projets annoncés doivent notamment concerner la cybersécurité, les infrastructures numériques, les centres de données et le transfert de compétences technologiques. L’objectif affiché est également de renforcer les services publics numériques, la protection des données et les perspectives d’emploi qualifié pour les jeunes.

Cette annonce intervient dans un secteur considéré comme stratégique par les autorités sénégalaises, qui souhaitent développer davantage la souveraineté numérique du pays et favoriser l’émergence d’un écosystème technologique local.

Le patronat américain manifeste son intérêt pour Dakar

Toujours le 14 septembre, le président sénégalais a reçu une délégation de la Chambre de commerce des États-Unis conduite par Kendra Gaither, présidente du U.S.-Africa Business Center. Des représentants de plusieurs entreprises américaines, notamment Motorola Solutions et Kosmos Energy, figuraient parmi les participants.

Les discussions ont porté sur les possibilités d’investissement et de partenariat avec le Sénégal. Dakar souhaite attirer davantage de capitaux privés dans des secteurs comme l’énergie, les infrastructures, l’agriculture, la santé et le numérique.

Devant ses interlocuteurs américains, Bassirou Diomaye Faye a défendu une approche fondée sur des partenariats présentés comme « gagnant-gagnant ». L’idée défendue par le chef de l’État est que les investissements étrangers doivent être rentables pour les entreprises tout en permettant au Sénégal de conserver une capacité de maîtrise de ses ressources, de son développement et de son avenir économique.

La Banque mondiale confirme son accompagnement

Autre rendez-vous majeur : la rencontre avec le président du Groupe de la Banque mondiale, Ajay Banga.

Les discussions ont notamment porté sur le financement des politiques publiques, la création d’emplois pour les jeunes, les corridors économiques et une meilleure répartition territoriale de la croissance.

La Banque mondiale a confirmé sa disponibilité à accompagner les priorités du Sénégal. Cette rencontre intervient alors que Dakar cherche à diversifier ses sources de financement et à restaurer progressivement la confiance des partenaires internationaux.

Pour le gouvernement, la question n’est donc plus uniquement de trouver des ressources financières. Il s’agit également de transformer ces ressources en investissements productifs, en infrastructures, en emplois et en opportunités économiques pour les territoires.

De Washington à Abu Dhabi

Après Washington, le président Bassirou Diomaye Faye poursuit sa tournée internationale aux Émirats arabes unis.

Le chef de l’État est attendu à Abu Dhabi mercredi 16 septembre, pour une visite officielle de deux jours. Il doit s’entretenir jeudi 17 septembre avec son homologue émirien, Cheikh Mohammed Bin Zayed Al Nahyan, avant de regagner Dakar le même jour.

Cette étape dans le Golfe intervient dans la continuité de la séquence américaine, mais avec un accent davantage tourné vers les investissements et les partenariats économiques.

Les Émirats arabes unis disposent d’importantes capacités d’investissement dans les infrastructures, l’énergie, la logistique, les transports et les nouvelles technologies. Pour Dakar, l’enjeu sera de transformer les relations diplomatiques en projets concrets susceptibles de soutenir les priorités du Sénégal.

Une nouvelle étape pour la diplomatie économique

De Washington à Abu Dhabi, le déplacement présidentiel dessine une même ligne : consolider les relations avec les partenaires financiers, sécuriser les mécanismes de financement, attirer les investisseurs privés et rechercher de nouveaux débouchés pour l’économie sénégalaise.

La séquence américaine aura surtout permis de réaffirmer le dialogue avec le FMI, de confirmer l’appui de la Banque mondiale et de mettre en avant plusieurs opportunités d’investissement privé.

Mais les prochaines étapes seront déterminantes. L’accord avec le FMI doit encore franchir les procédures d’approbation du Fonds, tandis que le traitement de la dette et la mise en œuvre effective des investissements annoncés devront se traduire par des résultats concrets.

Pour le pouvoir sénégalais, le défi est désormais de transformer cette dynamique internationale en amélioration durable des finances publiques, en investissements productifs, en emplois et en résultats visibles pour les populations.

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