Le Sénégal, Entre Espoir, Lucidité Et Exigence

Xalima
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Xalima
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Le Sénégal vient de tourner l’une des pages les plus sombres de son histoire politique contemporaine. Après douze années d’un pouvoir marqué par l’arrogance, la répression, la dérive autoritaire, la mise au pas des institutions et la banalisation de la violence d’État, Macky Sall a finalement quitté le pouvoir. Il laisse derrière lui un pays profondément meurtri : plus de 80 morts, des milliers d’arrestations arbitraires, des carrières brisées, des familles endeuillées, des entreprises détruites. Un peuple blessé, mais debout. Un peuple qui a voté, non seulement par espoir, mais par exigence de rupture.

L’élection du Président Bassirou Diomaye Faye et l’arrivée de Ousmane Sonko, figure centrale du parti PASTEF, sont le fruit d’un combat âpre, d’un engagement civique massif, d’un ras-le-bol généralisé. C’est un vote d’honneur, de justice, de courage. Mais c’est surtout un vote de rupture.

Or, la rupture n’est pas un mot. C’est un contrat moral. Un pacte de sang avec ceux qui ont perdu la vie pour ce changement. J

Justice ou réconciliation : un faux dilemme

Aujourd’hui, le nouveau pouvoir semble hésiter entre justice et réconciliation. Ce dilemme, posé de façon binaire, est dangereux. Car il n’y a pas de paix durable sans justice. Il n’y a pas de stabilité économique sans réparation des torts. Il n’y a pas de réconciliation possible quand les victimes sont invitées à pardonner alors que les bourreaux se pavanent en paix.

La mémoire des morts n’est pas un outil de communication politique. Les familles attendent la vérité. Le silence face aux crimes d’État est une trahison morale. Non, la justice n’est pas un luxe. Elle est le fondement même de l’État. Et cette justice, au Sénégal, a été instrumentalisée, corrompue, défigurée. Certains magistrats ont trahi leur serment, agissant non comme juges mais comme exécutants de commandes politiques. Ils ont brisé des vies, cassé des destins, ruiné la foi de toute une génération dans l’impartialité des institutions.

Si rien n’est fait, alors le système n’a pas changé. Il s’est juste adapté.

La tentation de la bienséance

Le nouveau régime semble parfois piégé par l’envie de bien faire, de faire “propre”, d’éviter les vagues. Mais la politique n’est pas un concours de perfection morale. C’est une guerre d’influence, une bataille de visions, un affrontement stratégique.

Comme l’aurait dit un conseiller à Barack Obama : « Je ne te demande pas si tu sais encaisser des coups. Je te demande si tu peux en donner. »

Le président Diomaye, le Premier ministre Sonko et leur coalition doivent comprendre que le pouvoir ne s’exerce pas uniquement avec de la bonne volonté. Il se protège, il s’affirme, il s’impose.

Et cela commence par l’acte fondateur d’un nettoyage institutionnel sans compromis. Réformer, auditer, juger. Non par vengeance, mais par devoir républicain. Faire face à la vérité. Publier les noms. Rendre les comptes. Sinon, la rupture devient un slogan vide.

Un pays malade de sa corruption

Le Sénégal reste gangréné par la corruption, le clientélisme, le culte de l’argent facile, l’impunité et l’oubli. Comment construire une nation solide sans justice ? Sans une administration propre ? Sans une jeunesse convaincue que le travail paie mieux que le favoritisme ?

Nous ne pouvons pas bâtir un nouveau Sénégal sur les cendres encore chaudes des injustices passées. Ce pays a besoin de symboles forts. De décisions courageuses. De procès. D’exclusions. De signaux clairs que l’ère de la complaisance est terminée.

Le risque de trahir l’histoire

La plus grande erreur du pouvoir actuel serait de croire que le peuple attend seulement des infrastructures, des discours bienveillants ou des promesses d’investissements. Ce que le peuple a exigé, ce sont des comptes. De la justice. Du courage. Une vraie rupture.

Ne pas répondre à cette exigence, c’est prendre le risque de saborder l’avenir politique de PASTEF, d’alimenter la désillusion, de renforcer l’idée que « tous les politiciens se ressemblent ».

Le duo Diomaye–Sonko doit revenir à ses racines. Retrouver sa boussole. Le pouvoir ne doit pas les éloigner de leurs promesses. Car les peuples peuvent porter au sommet, mais ils peuvent aussi punir l’oubli. L’histoire ne leur pardonnera pas un recul, une faiblesse, une trahison. Il est temps Il est temps de réformer la justice. Il est temps de juger les crimes. Il est temps de nettoyer l’administration. Il est temps de tenir les promesses.

Car sans justice, il n’y aura pas de stabilité. Sans clarté, il n’y aura pas de crédibilité. Et sans courage, il n’y aura pas d’histoire. Le Sénégal a choisi la rupture. Il faut maintenant l’assumer. Totalement.

Coach Danfa
Samz Executive Coaching and Leadership Ottawa, Canada

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