Le secteur minier, pilier stratégique de l’économie sénégalaise, connaît une dynamique sans précédent. En 2025, les dividendes versés à l’État du Sénégal ont atteint 41,4 milliards de francs CFA, soit une hausse de 126 % par rapport à la moyenne annuelle enregistrée entre 2021 et 2024. Ce bond spectaculaire intervient dans un contexte de réforme visant à optimiser la gestion publique des ressources extractives.
Selon les données issues du rapport 2025 de la Société des Mines du Sénégal (SOMISEN SA), cette performance constitue le meilleur résultat depuis cinq ans. Entre 2021 et 2024, les dividendes versés à l’État ne dépassaient en moyenne que 18,3 milliards de FCFA par an, avec des pics à 29,8 milliards en 2023 et des creux à 3,8 milliards en 2021. En parallèle, l’Impôt sur le revenu des valeurs mobilières (IRVM) généré par cette distribution s’est élevé à 29,5 milliards de FCFA, portant les recettes totales induites à 71 milliards.
Un poids stratégique mais encore déséquilibré
Malgré cette amélioration notable, la structure des recettes extractives demeure déséquilibrée. Le secteur a contribué, en 2023, à hauteur de 4,72 % au produit intérieur brut, de 31,89 % aux exportations et de 9,4 % aux recettes fiscales de l’État, selon le rapport de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE). En revanche, sa contribution à l’emploi reste marginale : seulement 0,16 %.
Les dividendes perçus ne représentent encore qu’une faible part des revenus extractifs. À peine 8 % en 2023, principalement en raison d’une faible détention de capital par l’État dans les sociétés minières et de l’absence d’une politique actionnariale proactive.
L’État veut reprendre la main
Face à ces constats, le gouvernement sénégalais entend renforcer son rôle dans la gouvernance des sociétés extractives. Une orientation qui répond à un double objectif : d’une part, améliorer le rendement des participations publiques ; d’autre part, garantir une mobilisation plus efficiente des ressources internes dans un contexte économique contraint.
La SOMISEN, bras opérationnel de l’État dans le secteur minier, plaide pour une réforme en profondeur du modèle de gestion des participations. Cette réforme passerait par la mise en œuvre d’une politique actionnariale claire, fondée sur la transparence, la coordination des entités publiques impliquées et un suivi rigoureux des performances des entreprises.
Une stratégie à formaliser
L’enjeu n’est pas uniquement budgétaire. Il s’agit aussi de souveraineté économique. En permettant à l’État de mieux valoriser ses parts dans les entreprises minières et d’avoir une voix plus forte dans les décisions stratégiques, le Sénégal espère rééquilibrer les rapports de force avec les multinationales opérant sur son sol.
Reste à formaliser cette volonté politique en actes concrets. La tenue régulière des assemblées générales, la publication des états financiers, ainsi que l’application stricte des dispositions de l’Acte uniforme OHADA sur les sociétés commerciales constituent autant de leviers de bonne gouvernance à activer.
En somme, la hausse des dividendes en 2025 marque un tournant. Mais elle ne doit pas masquer les faiblesses structurelles persistantes. Une stratégie de long terme, reposant sur une politique actionnariale assumée, semble indispensable pour faire du secteur minier un véritable levier de développement au service des populations.






























