Alors que le Sénégal s’apprête à accueillir les 7 et 8 octobre la deuxième édition du Forum investir au Sénégal (FII), qui vise à attirer plus de 10.000 milliards de FCFA d’intentions d’investissements, le pays est rattrapé par une triple actualité tendue : une situation sanitaire fragile, une rentrée scolaire sous surveillance, et une affaire politico-judiciaire aux allures de polar national.
La plus récente secousse concerne Madiambal Diagne, journaliste influent, homme politique et éditeur du journal Le Quotidien, visé par un mandat d’arrêt international. L’État l’accuse d’avoir été au cœur d’un vaste schéma de détournement et de blanchiment de fonds publics, à hauteur de 12 milliards de francs CFA. Les faits supposés impliqueraient la SCI Pharaon, une société familiale qu’il dirige.
Mais c’est le récit de sa sortie du territoire qui vient bouleverser l’opinion publique.
Une version des faits soigneusement détaillée
Dans une longue tribune publiée depuis la France, où il dit s’être réfugié, Madiambal Diagne livre sa version des événements survenus dans la nuit du 23 au 24 septembre 2025. Selon lui, alors qu’il s’apprêtait à embarquer pour un vol d’Air Sénégal à destination de Paris, il aurait été retenu de manière informelle à l’aéroport, sans notification officielle d’interdiction de sortie du territoire.
“Je me dirigeais naturellement vers le passage scanner, en vue d’entrer en zone d’embarquement, quand un agent de police se leva de son box pour interpeller un autre de ses collègues”, écrit-il. Après de longues heures de rétention, et voyant son vol décoller sans lui, il affirme avoir reçu une convocation à se présenter à la Division des investigations criminelles (DIC) le lendemain.
Mais selon ses propres mots, une alerte “provenant d’un contact proche du dossier” l’aurait convaincu de préparer une fuite immédiate. Craignant une garde à vue prolongée, voire une menace sur son intégrité physique, il décide de quitter clandestinement le pays dans la nuit, pour réapparaître en France le 25 septembre, avant même que le mandat d’arrêt international ne soit activé.
“J’avais besoin de bien préparer ma défense contre un complot bien ourdi (…) Je suis arrivé en France pendant que la machine policière s’emballait derrière moi”, écrit-il. Il affirme même que la police aurait “kidnappé” sa femme et ses enfants dans une tentative de pression.
L’État contre-attaque
Le ministère de l’Intérieur, via un communiqué signé du ministre Mouhamadou Bamba Cissé, soutient une version radicalement différente. Selon ce dernier, Madiambal Diagne faisait l’objet de recherches actives depuis plusieurs jours, ce qui justifierait son interpellation à l’aéroport et l’activation du mandat d’arrêt international. Le limogeage du commissaire de l’aéroport et du chef de la DIC a été confirmé, bien que leurs fonctions précises dans cette séquence restent floues.
Madiambal Diagne y voit, lui, une “mise en scène”, destinée à donner un tour spectaculaire à ce qu’il qualifie de “chasse politique”.
Une affaire au parfum politique
Au-delà des considérations juridiques, cette affaire ravive les tensions sur la liberté de la presse, la politisation de la justice et la gouvernance des institutions. Madiambal Diagne, figure controversée mais influente, est perçu par certains comme un relais de l’ancien régime, ce qui alimente les spéculations sur une éventuelle purge politique.
L’opinion publique reste divisée. Tandis que certains dénoncent une instrumentalisation de la justice, d’autres rappellent que les faits reprochés sont graves et nécessitent une réponse claire des autorités. En toile de fond, l’image du Sénégal, à la veille d’un événement économique majeur, pourrait être affectée.
Une actualité sous haute tension
Ce tumulte intervient alors que le pays fait face à une recrudescence de cas de mpox (variole du singe) à Dakar et de fièvre de la vallée du Rift à Saint-Louis. La rentrée scolaire, fixée au 8 octobre, est placée sous surveillance sanitaire. Le Comité national de gestion des épidémies a été réactivé, et les autorités sanitaires appellent à une vigilance collective.
Dans ce climat tendu, entre ambitions économiques affichées et troubles politiques persistants, le Sénégal se retrouve à la croisée des chemins : renforcer ses institutions ou risquer l’effritement de la confiance citoyenne.






























